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Les cycles de travail doivent prendre en compte les agents de la propreté

Nous nous opposons à la création d’un nouveau cycle de travail pour les balayeurs et les éboueurs qui ne prend pas en compte leurs contraintes et leurs revendications

Retrouvez l’intervention de Raphaëlle Primet

Madame la Maire, mes chers collègues,

Je souhaiterais, pour ma part, revenir sur la participation des agents de la Propreté à ce plan que vous nous présentez aujourd’hui.

Comme mes collègues l’ont rappelé, la propreté des rues et des quartiers est étroitement liée aux comportements de tous. Il est toujours facile de pointer du doigt les défauts supposés de l’action des services municipaux, mais les premiers responsables de l’état de propreté restent les usagers, les citoyens, les personnes comme vous et moi.

La propreté de l’espace public est aussi une notion subjective. Si l’on demande à dix habitants de donner leur avis sur l’état d’une même rue, on peut s’attendre à ce qu’ils ne soient pas d’accord. Certains la trouveront très sale, d’autres non, et d’autres encore auront vu passer les balayeurs de la Ville plus tôt dans la journée, et cela aura influencé leur réponse.

C’est partant de ce constat de subjectivité qu’il est aujourd’hui proposé de créer un nouveau cycle de travail pour le personnel ouvrier du Service technique de la propreté. C’est le sens de la délibération DPE 21 que vous soumettez à notre approbation.

Cette délibération propose d’abord de créer un nouveau cycle de travail pour les balayeurs et les éboueurs qui, jusqu’à présent, interviennent en matinée dès 6 heures du matin. Ces agents travailleront dorénavant l’après-midi et, en été, dans les quartiers très fréquentés par les touristes et les Parisiens, ils embaucheront plus tard pour terminer leur journée à 23 heures 30.

Le but affiché de ces nouveaux cycles est de faire voir aux Parisiens que les agents de propreté travaillent et nettoient l’espace public. Le pari est d’influencer donc les habitants et leur perception de l’état de propreté. Mais selon nous, ce dispositif ne prend pas assez en compte les agents eux-mêmes et leurs contraintes de travail car, comment travailler sereinement, un soir de juin sur les bords du canal de l’Ourcq. Nous pensons qu’en intervenant aux heures de pointe d’utilisation de l’espace public, le travail des agents sera plus difficile. On peut craindre que les agents entrent en conflit avec certaines personnes.

Au final, pour assurer les Parisiens et leur permettre de voir les agents travailler, le choix est fait d’exposer les agents à de nouveaux risques professionnels supplémentaires. Nous ne sommes pas d’accord avec cette orientation. C’est la première raison pour laquelle nous ne voterons pas cette délibération. Nous sommes convaincus, au contraire, qu’il faudrait créer beaucoup plus de postes, comme nous l’avions déjà porté au moment du budget, car les postes supplémentaires prévus correspondent à de nouvelles missions et ne viennent pas en renforcement des tâches existantes.

Par ailleurs, cette même délibération propose de créer un deuxième cycle de travail avec des horaires fixés en journée de 8 heures 50 à 17 heures, et seulement les jours de semaine. Cette mesure est présentée comme une mesure sociale pour les agents qui ne voudraient plus travailler en horaires décalés. L’intention est louable, mais les répercussions seront importantes pour ces agents. Chaque mois, ils toucheront environ 100 euros de moins, ce qui est énorme pour des agents de catégorie C payés au S.M.I.C. ou juste au-dessus.

Dans le même esprit, ces agents perdront des jours de récupération de temps de travail et, au final, ce cycle de travail réussit l’exploit de proposer aux agents de travailler plus pour gagner moins.

Je souhaiterais poursuivre sur le Plan Propreté en revenant sur le volet dératisation. Les agents de la Ville, qui sont chargés des dératisations, et qui dépendent de la DASES se sont mis en grève, il y a quelques jours, pour dénoncer les contradictions entre le discours et ce qu’ils vivent au quotidien.

La communication de la Ville met en avant l’augmentation des moyens pour la dératisation. Mais la réalité est tout autre pour les agents qui dénoncent le manque de personnel et revendiquent des hausses de rémunération. Ces agents sont exposés à des risques sanitaires et remplissent des missions qui peuvent être très pénibles. Ils sont notamment intervenus après les attentats sur les scènes de crime. La Ville doit reconnaître la pénibilité de leur travail.

Je terminerai enfin en revenant sur la situation des agents de la Propreté qui travaillent dans le privé mais qui interviennent pour le compte de la Ville, dans le cadre de D.S.P. ou de marchés publics. Dans les arrondissements où la collecte des ordures a été confiée au privé, c’est l’argument du moindre coût qui revient à chaque fois pour justifier la privatisation.

Mais il faut regarder les choses en face : quand le privé fait moins cher, c’est toujours sur le dos des salariés que les entreprises font des économies. Dans ces entreprises, les salariés sont moins bien payés et travaillent dans des conditions dégradées. Tous ceux que j’ai pu rencontrer, je pense notamment aux agents de la C.I.T.E.C. qui s’étaient mis en grève il y a quelques années, regardent avec envie la situation de leurs collègues fonctionnaires car, pour eux, il est plus difficile de revendiquer, de s’organiser pour gagner de nouveaux droits. C’est pourquoi les élus Communiste - Front de Gauche continuent de défendre la remunicipalisation de l’ensemble du secteur de la Propreté à Paris.

Je vous remercie.

Publié le

2 avril 2017

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