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Lettre adressée au Premier Ministre suite aux évènements de la Halle Pajol

Monsieur le Premier Ministre,

Je tiens, de prime abord, à vous faire part de mon indignation suite aux violences policières d’hier après-midi lors de l’évacuation des réfugiés aux abords de la halle Pajol. Elles sont un aveu de faiblesse et elles se sont portées, cette fois-ci particulièrement, sur des élus souvent jeunes, qui viennent d’entamer leur premier mandat et qui mettent quotidiennement leur intelligence et leur talent au service des parisiennes et des parisiens. Ils ne faisaient hier que leur devoir de solidarité. J’avais pourtant interpellé le Préfet et la Maire de Paris pour éviter les violences policières et trouver une solution d’hébergement digne comme s’y était engagé le Conseil de Paris suite à un vœu de l’exécutif en mai dernier.

Suite aux événements de la halle Pajol, je relisais le discours du Président de la République prononcé à l’occasion de l’entrée au Panthéon de quatre résistants le 27 mai dernier.

Décrivant le parcours exemplaire de Germaine Tillion, François Hollande assurait que cette résistante d’hier, qui a souvent dénoncé le sort fait aux migrants, serait aux côtés des exilés d’Irak et de Syrie.

Il concluait son discours par ces phrases fortes et émouvantes « l’Indifférence, voilà l’ennemi contemporain (…), indifférence face aux injustices, aux inégalités, aux indécences ». Plus loin il rappelait parlant de ces quatre destins « il nous appartient de les suivre, non pas de répéter ou de reproduire, les circonstances ont changé mais de poursuivre et d’inventer. »
Comparaison n’est pas raison, Monsieur le Premier Ministre. Mais quand je vois le sort fait aux élus, dont nombre d’entre eux agissent quotidiennement au sein des exécutifs parisiens sur les questions sociales, aux militants associatifs, aux soutiens des réfugiés et aux migrants eux-mêmes, quand je vois l’attitude de la police, je ne peux que constater les contradictions entre les principes affichés et la réalité vécue.

La ville de Paris a une tradition d’accueil et de tolérance. Si certains ne veulent voir en notre capitale une ville accueillante aux seuls touristes fortunés, d’autres, à l’image des élus communistes, ont à cœur que ceci vaille pour toutes celles et tous ceux qui viennent frapper à notre porte.
La situation de ces réfugiés d’aujourd’hui n’est comparable à l’affaire de Saint Bernard en 1996 que par le traitement policier et le harcèlement de ces femmes et de ces hommes dans l’unique espoir de les décourager et de les faire fuir.

Nous savons les efforts que les associations missionnées par la ville mais aussi les associations de solidarité ont faits pour que le séjour de ces réfugiés soit le moins difficile possible, après ce qu’ils ont vécu.

Nous plaidons pour que cesse ce harcèlement et cette volonté de décourager la solidarité active.

Les élus de mon groupe ont toujours conjugué responsabilité, solidarité et recherche de solutions concrètes humaines et pérennes. Nous ne sommes pas dans une logique « d’instrumentalisation » ni de "démagogie" contrairement à ce que certains membres de votre gouvernement ont déclaré.

Nous avons su, à la fin des années 70, monter un plan d’action global pour les réfugiés indochinois qui a permis de résoudre rapidement le problème des « boat people ». Des enseignements utiles, que le Conseil de l’Europe nous demande de suivre.
Oui, il faudrait, monsieur le Premier Ministre, que la France soit digne de son rôle et de sa place cent fois rappelés de « patrie des droits de l’Homme ». Vous savez que c’est à l’aune dont un état traite les plus faibles que l’on juge de son état de développement et de démocratie.

Nous allons porter, dans les arrondissements et au conseil de Paris, un vœu qui plaide pour la création d’un lieu dans Paris dédié à ces situations dramatiques.
Ces personnes ont traversé les mers et tous les dangers pour fuir les conflits et nous ne pouvons pas laisser s’installer l’indifférence.

Les élus communistes, les militants du Parti Communiste Français seront là, une nouvelle fois, solidaires et constructifs, même s’il leur faudra attendre encore pour qu’ils soient acceptés au Panthéon.

Dans l’espoir que ce courrier saura contribuer à infléchir votre politique dont on pourrait ne retenir que les images déplorables du « matraquage » de Pajol.
En attendant de vous lire, je vous prie de croire, Monsieur le Premier Ministre, en l’expression de ma considération républicaine.

Nicolas Bonnet-Ouladj
Président du groupe Communiste-Front de Gauche
au Conseil de Paris

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Publié le

9 juin 2015

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