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Lettre ouverte à Anne Hidalgo concernant la grève des agents de l’AP-HP, l’avenir de l’hôpital public et de la santé dans la capitale

25 juin 2015

Madame la Maire,

Plusieurs milliers de personnels de l’AP-HP étaient une nouvelle fois mobilisés lors d’une troisième journée de grève le 11 juin contre la réforme du temps de travail décidée unilatéralement. Ce mouvement historique est à la hauteur des difficultés extrêmes auxquelles ces personnels sont confrontés pour remplir les missions de l’Hôpital public dans la capitale et des remises en cause de droits sociaux que l’on veut leur imposer.

Après les craintes soulevées sur l’accès privilégié au logement et au mode de garde collectif de la petite enfance, le directeur général de l’AP-HP a décidé d’une réforme du temps de travail dans le seul but d’éviter l’embauche des contractuels et les créations de postes pourtant nécessaires pour soulager des personnels à bout de souffle. Les revendications des personnels doivent être entendues et le dialogue renoué avec eux sur de nouvelles bases. Aussi, nous souhaitons avant tout vous demander, Madame la Maire, d’intervenir à ce sujet auprès de Martin Hirsh.

Au-delà de cette question urgente, c’est la question de l’avenir de l’Hôpital public et de la santé dans la capitale qui nous préoccupe et nous mobilise au plus haut point.

Lors de la séance du Conseil de Paris de mars dernier, les élu-e-s du groupe communiste-Front de Gauche ont exprimé leur opposition au projet de convention cadre régissant les relations entre la Ville de Paris et l’AP-HP. Nous considérons que la Ville en offrant la possibilité à l’AP-HP de vendre son patrimoine hospitalier pour financer ses projets ne fait qu’avaliser le désengagement de l’Etat. Nous refusons par ailleurs la mise en concurrence de l’Hôpital public et du logement social par les projets de transformation de bâtiments hospitaliers en logement sociaux alors qu’ils devraient être pleinement consacrés à l’offre de soins.

La politique gouvernementale, mise en œuvre par l’ARS, se cantonne à une visée court-termiste, rivée sur la réduction des déficits, qui se répercute directement sur la stratégie de l’AP-HP.

Les restructurations de services hospitaliers de l’AP-HP se multiplient en réponse à un cadre financier toujours plus contraint. L’ONDAM, enveloppe budgétaire allouée à l’Hôpital public, est en baisse continue depuis plusieurs années. Les lois santé, HPST 1 et 2, forcent la main aux hôpitaux pour les obliger à se regrouper au détriment de l’offre de proximité.

Le projet d’Hôpital Nord en est l’illustration : loin de répondre aux besoins de la population et aux défis de la médecine moderne, ce projet de regroupement d’hôpitaux est avant tout dicté par la nécessité de réaliser des économies d’échelle par le biais d’une soi-disant « rationalisation » de la carte hospitalière. Ce projet entraînerait le démantèlement de l’hôpital Bichat (18e) et la baisse d’activités à l’Hôpital Lariboisière (10e) à l’opposé des projets validés après la concertation des équipes médicales, des élus et de la population. Dans les conditions actuelles, la réalité est que ce projet aura pour conséquence une diminution de l’offre de soins et la perte de milliers d’emplois dans Paris.

Madame la Maire, les communistes parisiens et leurs élu-e-s refusent ce démantèlement de l’Hôpital public et portent une grande ambition pour l’AP-HP.

A l’automne 2013, nous avons fait le choix de mener campagne à vos côtés à partir d’un accord de premier tour portant cette ambition et qui affirmait notamment : « nous nous mobiliserons contre toute restructuration de l’Hôpital public qui conduise à une diminution de l’offre de soins à Paris. » Le temps de cette mobilisation est venu au regard des projets en cours. Nos engagements de campagne en matière de santé traduisent également notre attachement à une offre de soins publique accessible à tous, que ce soit par la création de nouveaux centres de santé ou la réduction des délais d’attente aux urgences.

Les enjeux très importants de Santé publique dans la capitale avaient également conduit à l’engagement commun « d’organiser dès 2014 des Assises de la Santé à Paris avec l’ensemble des acteurs concernés pour travailler au renforcement de l’offre de soins dans la capitale. » Le retard pris dans la tenue de cet engagement est à notre sens une difficulté supplémentaire pour l’action de la Ville de Paris. C’est en écoutant les actrices et les acteurs de notre système de soins et en prenant le temps de construire avec eux les projets de soins que nous répondrons efficacement aux besoins de santé dans la capitale.

Encourager la démocratie sanitaire nous paraît être un enjeu d’autant plus primordial au regard de l’ampleur des restructurations hospitalières envisagées. Comme vous le savez des collectifs citoyens ont été créés autour des hôpitaux de Bichat (18e) et de Lariboisière (10e) recueillant tout deux plusieurs milliers de signatures pour la défense de ces établissements. La première réunion publique organisée par l’AP-HP sur le projet d’Hôpital Nord annoncée publiquement quelques jours avant sa tenue a d’ailleurs attiré près de 150 personnes. Ces événements sont la preuve de l’intérêt porté par la population à l’offre de soins publique. Ce débat public devrait être encouragé par la Ville dans les semaines et les mois qui viennent.

Nous serons à nouveau présents le 25 juin prochain aux côtés des personnels hospitaliers qui défendent leurs conditions de travail, nous resterons mobilisés aux côtés des citoyens pour la défense de l’Hôpital public et nous continuons à demander un moratoire sur les restructurations d’hôpitaux dans l’attente des assises parisiennes de la santé qui doivent se tenir avant la fin de l’année comme vous l’avez confirmé en Conseil de Paris.

Aussi, nous souhaiterions connaître l’état de vos réflexions sur ces enjeux essentiels pour les Parisiens et les Parisiennes et voir la confirmation de votre part de nos engagements pris en commun lors de la campagne électorale 2014.

Veuillez agréer, Madame la Maire, l’expression de toute notre considération.

Igor Zamichiei, Secrétaire départemental du PCF Paris
Nicolas Bonnet Oulaldj, Président du groupe Communiste – Front de gauche au Conseil de Paris
Pierre Laurent, Sénateur de Paris

Publié le

26 juin 2015

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