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Lettre ouverte à François Hollande

Retrouvez la lettre adressée à François Hollande suite à ses propos tenus lors du Supplément de Canal + le 19 avril 2015

Monsieur le Président de la République,

C’est en tant que Président du groupe Communiste Front de Gauche mais aussi en tant que simple militant d’un parti que vous avez insulté au cours de votre émission sur Canal Plus ce week-end que je tiens à vous écrire.

Oser comparer les tracts du Parti Communiste des années 70 avec les propos actuels de madame Le Pen et du Front national en 2015 est une ignominie, même si vous vous êtes en partie rattrapé en ajoutant que le PCF, lui, n’accusait pas les immigrés.

À l’époque le Parti Communiste Français défendait le « produisons français », sujet qui ce me semble est encore d’une brulante actualité. Vos discours et ceux de vos ministres soulignent l’importance de retrouver des filières de production en France.
À l’époque le Parti Communiste Français critiquait les fondements de la construction de l’Union Européenne depuis, il me semble que nombre de nos critiques ont été justifiées par les faits.

Éloignement des institutions européennes des citoyens, en témoigne la désaffection des électrices et des électeurs pour l’élection du Parlement Européen, décisions politiques inefficaces et peu productives face à l’omniprésence et à la suprématie de la Banque Centrale Européenne dans les décisions prises par la commission et les états membres, manque de démocratie et de transparence dans le circuit décisionnel en Europe etc etc…

Mais le pire dans votre propos Monsieur le Président, c’est que dans les années 70, votre Parti à la tête duquel était un éminent socialiste, Premier Président de gauche de la 5ème République, lui n’avait pas trouvé scandaleux de s’associer à ceux dont vous raillez aujourd’hui les positions. À l’époque ce Parti n’était donc pas si infréquentable, il a même permis, à votre formation politique, en 1981, de connaître une première victoire à l’élection présidentielle.

Alors de grâce Monsieur le Président, ne méprisez pas les communistes français qui se sont à chaque moment de l’histoire levés contre l’extrême droite et ses affidés, y compris dans les années 70, à ce parti qui a porté et défendu les fondements du programme du Conseil National de la Résistance, avec ses conquêtes sociales que vous vous évertuez à détricoter, à ce parti qui a payé si cher pendant la guerre d’Algérie ses positions contre les hommes de l’OAS amis de Monsieur Le Pen.

Vous ne ferez croire à personne que l’ancien secrétaire du Parti Socialiste que vous fûtes ne connaisse pas l’histoire, son histoire, l’histoire de la gauche en France et de ses composantes.

Oser cette comparaison, ce n’est pas qu’un effet de manche. C’est entretenir la petite musique d’un signe égal entre « les extrêmes » qui auraient, selon vous, tant de points communs. C’est, à mon avis surtout nier la responsabilité des politiques actuelles, celles que vous menez et qui ont déçu une grande partie de vos électrices et de vos électeurs du premier et du second tour.

Alors Monsieur le Président de la République, pour moi qui comme tant d’autres communistes de France, a, en 2012, glissé un bulletin portant votre nom parce qu’il ne fallait plus que Monsieur Sarkozy exerce la fonction de Président de la République, je ne m’attendais pas à être ainsi insulté. Même si je venais à peine de naître en 1970 je suis fier d’appartenir à ce Parti qui a dans ses gênes la lutte contre l’extrême droite et encore la volonté de « changer la vie » objectif que vous ne semblez plus mettre à l’ordre du jour de vos priorités.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

Nicolas Bonnet Oulaldj

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Publié le

21 avril 2015

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