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Lettre ouverte à Martin Hirsch concernant la grève des agents de l’AP-HP, l’avenir de l’hôpital public et de la santé dans la capital

26 juin 2015

Monsieur le Directeur général,

Plusieurs milliers de personnels de l’AP-HP étaient une nouvelle fois mobilisés lors d’une troisième journée de grève le 11 juin contre la réforme du temps de travail décidée unilatéralement. Ce mouvement historique est à la hauteur des difficultés extrêmes auxquelles ces personnels sont confrontés pour remplir les missions de l’hôpital public dans la capitale et des remises en cause de droits sociaux que l’on veut leur imposer.

Après les craintes soulevées sur l’accès privilégié au logement et au mode de garde collectif de la petite enfance, vous avez cru bon de décider d’une réforme du temps de travail dans le seul but d’éviter l’embauche des contractuels et les créations de postes pourtant nécessaires pour soulager des personnels à bout de souffle. Aussi, nous vous demandons d’entendre les revendications des personnels, d’abandonner votre réforme et de renouer avec eux le dialogue sur de nouvelles bases.

Au-delà de cette question urgente, c’est la question de l’avenir de l’hôpital public et de la santé dans la capitale qui nous préoccupe et nous mobilise au plus haut point.

La politique gouvernementale, mise en œuvre par l’ARS, se cantonne à une visée court-termiste, rivée sur la réduction des déficits, qui se répercute directement sur la stratégie de l’AP-HP. Les restructurations de services hospitaliers de l’AP-HP se multiplient en réponse à un cadre financier toujours plus contraint. L’ONDAM, enveloppe budgétaire allouée à l’Hôpital public, est en baisse continue depuis plusieurs années. Les lois santé, HPST 1 et 2, forcent la main aux hôpitaux pour les obliger à se regrouper au détriment de l’offre de proximité.

Le projet d’Hôpital Nord en est l’illustration : loin de répondre aux besoins de la population et aux défis de la médecine moderne, ce projet de regroupement d’hôpitaux est avant tout dicté par la nécessité de réaliser des économies d’échelle par le biais d’une soit disant « rationalisation » de la carte hospitalière. Ce projet entraînerait le démantèlement de l’hôpital Bichat (18e) et la baisse d’activités à l’Hôpital Lariboisière (10e) à l’opposé des projets validés après la concertation des équipes médicales, des élus et de la population.

Dans les conditions actuelles, la réalité est que ce projet aura pour conséquence une diminution de l’offre de soins et la perte de milliers d’emplois dans Paris. Au-delà de nos limites administratives, ce sont les fermetures des hôpitaux Beaujon (Clichy) et Charles-Richet (Villier-Le-Bel) qui sont déjà annoncées. Si l’objectif de l’Hôpital Nord est de mieux répondre aux besoins de santé des populations du nord de la Région Île-de-France, pourquoi ne pas commencer par consulter les collectivités concernées ? Pourquoi n’avoir retenu que des implantations potentielles de ce nouvel établissement si proche de Paris ? Pourquoi la création de cet hôpital devrait-il entraîner la fermeture d’un hôpital parisien et deux hôpitaux de banlieue ?

Monsieur le Directeur Général, les communistes parisiens et leurs élus refusent ce démantèlement de l’hôpital public et portent une grande ambition pour l’AP-HP.

Encourager la démocratie sanitaire nous paraît être un enjeu d’autant plus primordial au regard de l’ampleur des restructurations hospitalières envisagées. Comme vous le savez des collectifs citoyens ont été créés autour des hôpitaux de Bichat (18e) et de Lariboisière (10e) recueillant tout deux plusieurs milliers de signatures pour la défense de ces établissements. La première réunion publique organisée par l’AP-HP sur le projet d’Hôpital Nord annoncée publiquement quelques jours avant sa tenue a d’ailleurs attiré près de 150 personnes. Ces événements sont la preuve de l’intérêt porté par la population à l’offre de soins publique. Ce débat public devrait être encouragé par l’ARS et l’AP-HP dans les semaines et les mois qui viennent.

Nous serons à nouveau présents le 25 juin prochain aux côtés des personnels hospitaliers qui défendent leurs conditions de travail, nous resterons mobilisés aux côtés des citoyens pour la défense de l’hôpital public et nous continuons à demander un moratoire sur les restructurations d’hôpitaux.

Nous attendons de votre part des engagements clairs sur ces enjeux essentiels pour les Parisiens et les Parisiennes.

Veuillez agréer, Monsieur le directeur général, l’expression de nos salutations distinguées.

Igor Zamichiei, Secrétaire départemental du PCF Paris
Nicolas Bonnet Oulaldj, Président du groupe Communiste – Front de gauche au Conseil de Paris
Pierre Laurent, Sénateur de Paris

Publié le

26 juin 2015

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