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Mettre la solidarité au coeur de notre budget

La préparation de ce budget se déroule dans un contexte politique et social particulièrement tendu. La ville ne peut pas faire à la place du gouvernement mais elle peut être un filet social.
Dans ce budget, notre apport est essentiel en matière de solidarité et de lutte pour le pouvoir d’achat.

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj

Madame la Maire,
Mes chers collègues,

Ce soir il y aura une belle initiative du Secours Populaire les pères Noël Verts. Elle permet d’offrir aux enfants un cadeau pour que Noël n’oublie personne.

« Aujourd’hui et demain, il faut faire face non pas avec des mots, mais avec par des actions, en combattant sans cesse la misère par des actes aux affres d’une société qui, avouons-le, ne « tourne pas rond ». Ainsi s’exprimait Julien Lauprêtre dans le livre qui lui a été consacré en 2009.

Julien Lauprêtre nous a quitté il y a quelques mois et nous allons au cours de ce conseil lui dédier un jardin dans son 12ème natal, devant l’ancienne gare de Reuilly, devenue la maison des associations de l’arrondissement.

Beau symbole puisque ce lieu résume une grande partie de sa vie, son père cheminot communiste et élu de Paris, l’engagement associatif de Julien. Nous n’aurions pas pu faire de meilleur choix.

Quand il prend la responsabilité du Secours Populaire en 1955 c’est un an après l’appel de l’Abbé Pierre.

Paris est entouré de bidonvilles, des familles dorment dans les rues, des enfants meurent de froid.

Qu’est ce qui a changé ?

Nous avons de nouveaux campements, des femmes se retrouvent à la rue en sortant de maternité, on fait la queue au Secours Populaire ou aux Restos du Cœur.

Pensons qu’Emmanuel Macron avait promis que plus personne ne devait dormir à la rue. A l’inverse la pauvreté a dramatiquement augmenté : 500 000 français de plus vivent ou survivent sous le seuil de pauvreté, 3 600 sont toujours à la rue, on continue de mourir et de naitre sur la pavé parisien.

Toutes les associations caritatives tirent la sonnette d’alarme, de la fondation Abbé Pierre à ATD Quart Monde, en passant par le Secours Catholique et bien entendu le Secours Populaire.

L’OCDE a fait récemment un lien entre la multiplication des mouvements sociaux dans le monde et la peur du déclassement des classes moyennes.

La colère gronde dans le monde entier car les inégalités augmentent partout. . Chez nous le pays craque devant tant d’inégalités et d’injustices.

La France est championne du monde de l’augmentation des salaires des grands patrons plus 13% cette année.

Pensons qu’entre 1985 et 2015 la part des dividendes versée aux actionnaires a doublé.

Et c’est sans compter les scandales des évasions fiscales ou des petits arrangements fiscaux qui font que des multinationales ne paient pas l’impôt qu’elles devraient payer, là où elles devraient les payer.

Face à tant d’inégalités, le gouvernement tente de diviser les français. On présente le cheminot comme un privilégié, l’enseignant comme un fainéant, le smicard comme un chanceux et l’allocataire des minimas sociaux comme un planqué….

Ce que comprennent les français, c’est que tout le monde va perdre et que la protection sociale va être démantelée pierre après pierre. C’est un projet de société que propose le Président Macron, « tout pour les premiers de cordées, rien pour les autres ».

C’est contre cela que les gilets jaunes se mobilisent depuis plus d’un an. C’est contre cela que des centaines de milliers de nos concitoyennes et concitoyens ont battu le pavé la semaine dernière et vont recommencer dès demain.

Car lorsque l’on baisse les APL et quand dans le même temps la facture énergétique augmente, quand un étudiant boursier en est réduit à s’immoler quand tant d’autres vont aux restos du cœur, quand une maman isolée doit renoncer à un travail pour s’occuper de son enfant, quand on choisit de payer son loyer plutôt que de manger et bien cela veut dire que notre société est malade.

Malade des choix politiques qui sont imposés par un pouvoir isolé et qui n’a pas été mandaté pour cela.

Si Monsieur Macron est Président c’est surtout parce qu’une majorité de français a rejeté le Front National et pas pour applaudir à une politique de régression sociale.

On aurait pu croire que le Gouvernement laisserait des marges de manœuvre aux collectivités locales afin qu’elles prennent en charge le bouclier social qu’il a décidé de ne plus assurer.

Mais là aussi qu’avons-nous constaté. Depuis Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, en passant par François Hollande, les collectivités locales ont été mises à contribution. On leur a transféré des dépenses sans compensations, on a coupé dans leurs dotations, on a augmenté la péréquation horizontale et cerise sur le gâteau on les a obligé à contractualiser.

Si l’État faisait au moins ce que la loi lui a confié comme compétences cela aurait pu être un moindre mal.

Mais qui a continué à payer le RSA alors que la compensation n’est que du tiers de la dépense ? La Ville de Paris

Qui a pris en charge l’accueil l’hébergement des migrants et des réfugiés ? La Ville de Paris.

Qui a pris en charge plus de 7000 mineurs isolés sans aide exceptionnelle de l’État ? La Ville de Paris.

Et je pourrai citer tant d’autres exemples.

Depuis 2014 ce sont 4 milliards qui ont été raptés dans les caisses de la ville de Paris. Imaginez un instant ce que nous aurions pu faire avec cet argent ?

Aurions-nous eu besoin d’emprunter autant ? Non.

Aurions-nous pu avancer plus vite et plus loin dans des politiques de solidarité novatrice ? Oui.

Aurions-nous eu besoin de tant recourir au mécénat et au sponsoring ? Non.

Aurions-nous pu créer plus de postes d’agents municipaux ? Oui.

Jamais ce qui nous arrive, n’est arrivé dans l’histoire, Paris reçoit moins de dotations de l’État qu’elle ne contribue à la péréquation !

Et une nouvelle fois la nécessaire réforme fiscale est renvoyée aux calendes grecques.

La seule mesure annoncée est la suppression de la Taxe d’Habitation, soit disant compensée, mais qui est surtout un nouveau coup de boutoir contre l’autonomie et des collectivités, la rupture du lien entre le contribuable et la commune mais surtout le coup de grâce de la décentralisation.

Le vœu que nous portons sur les conséquences de la réforme de l’assurance chômage sur les budgets sociaux de la ville. Nous permet de rappeler à l’Etat ses obligations et ses promesses non tenues de compensations.

Ce budget est dans la droite ligne de ceux que nous avons votés depuis 5 ans.

Il favorise l’investissement, il ne permet de construire du logement social, il maintient les politiques de solidarité, il défend le service public, il n’aggrave pas l’endettement.

Voilà pourquoi de nombreux amendements que nous proposons à ce budget vont vers le renforcement des budgets sociaux. Cela vaut pour les paniers solidaires qui permettent à des familles modestes d’accéder à des produis de qualité, pour l’aide aux projets étudiants pour mieux accéder à la santé ou à la nourriture, pour permettre aux enfants de partir en classe découvertes ou au Secours Populaire de les emmener à la mer, projet pour lequel nous demandons 50 000 euros. Tous nos amendements visent à réparer le mal que le gouvernement fait au pouvoir d’achat des français les plus modestes. Jean Noël Aqua et Danièle Prémel en parleront.

Mais permettez-moi de développer une des amendements budgétaire que nous proposons, celui de la mise en place d’un plan « savoir rouler ». Nous constatons tous une augmentation de l’usage du vélo dans notre capitale et c’est une bonne chose. Le conflit social de ces derniers jours donne un coup d’accélérateur à cette nécessaire transformation de nos modes de déplacement. L’Etat a lancé une expérimentation dans le 12ème arrondissement pour aider les écoliers à mieux maitriser l’usage du vélo dans l’espace public. Nous devons accompagner et amplifier ce dispositif. Il doit être fait en étroite collaboration avec l’éducation nationale mais aussi les clubs cyclistes parisiens et l’économie locale d’entretien et de réparation des vélos.

Notre demande est d’entamer cette grande politique publique de l’apprentissage du vélo pour les plus jeunes ainsi nous avons toutes las chances que ce mode de transport sera en fort développement dans les prochaines années.

Respecter le partage de la voirie et de l’espace public n’est pas inné. Il faut en connaître les règles. Commençons donc dès le plus jeune âge.

Regardons avec objectivité ce que toutes les composantes de la majorité ont apporté au cours de cette mandature dans le seul intérêt des parisiennes et des parisiens.

Alors, au moment de voter ce budget, nous devons nous poser une seule question. Il y t’il besoin d’une politique de solidarité, d’égalité et de fraternité pour cette ville ou bien laissons nous les manettes à ceux qui n’ont pour objectif que de renforcer l’entre soi et d’éliminer totalement de notre ville les ouvriers, les salariés, les classes populaires ?

Là est la question.

J’ai commencé par une citation de Julien Lauprêtre, permettez-moi de conclure par une célèbre citation de l’archevêque brésilien Don Helder Camara : « Je nourris le pauvre et on me dit que je suis un saint. Quand je demande pourquoi le pauvre ne peut pas se nourrir, on me traite de communiste. »

Je vous remercie.

Publié le

13 décembre 2019

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