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Naming : stop à la marchandisation de l’espace public

Lors du débat concernant la consultation du prochain règlement local de publicité, Nicolas Bonnet Oulaldj demande que soit d’ores et déjà inséré l’interdiction de représentations sexistes et discriminatoires.
Il en profite pour dénoncer l’installation croissante du naming dans notre ville et la privatisation de l’espace public que cela engendre.

Retrouvez son intervention...

Merci, Monsieur le Maire,

Conformément au débat que nous avons eu en mars dernier, nous avons franchi un pas positif dans la lutte contre les représentations sexistes et discriminatoires, tel que le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme, qui contribuent à nourrir une société faite de clichés et de violence.

Cette avancée consistait donc, dans un amendement que j’avais déposé et qui avait été voté, interdisait les représentations sexistes et discriminatoires dans l’espace public, comme cela figure d’ailleurs dans le DFA 86.

Nous demandons à nouveau par notre amendement à ce que cette mention figure dès à présent dans le cadre de la concertation.

De plus, je souhaite profiter de cette délibération pour dénoncer et alerter sur un phénomène nouveau, qui semble doucement s’installer dans notre ville : le "naming".
Nous refusons cette pratique qui consiste, pour une marque, à acheter le nom d’un équipement public pour en retirer des bénéfices en termes d’image et de notoriété. Bien plus efficace qu’un encart publicitaire, c’est une avancée de la publicité dans la dénomination du patrimoine.

Si nous ne réagissons pas, c’est l’ensemble de notre paysage urbain qui va être transformé peu à peu. Nous nous étions fermement opposés à l’opération sur le Palais omnisports de Bercy, l’une des grandes salles de sport et de spectacle de notre pays. J’avais déposé un vœu au Conseil de Paris en proposant le nom d’Alain Mimoun, qui finalement s’est retrouvé au gymnase du lycée Paul-Valéry. Maintenant, nous avons le doux nom d’AccorHotels Arena.

Récemment, nous avons eu un nouvel exemple de ce que peut impliquer le "naming" comme marchandisation de l’espace public, puisque, mes chers collègues, une clause présente dans les contrats Autolib’, et maintenant dans le nouveau contrat Vélib’, prévoit la possibilité d’opération de "naming" sur les bornes. Cela veut dire que l’on aura une multitude de stations avec des noms d’entreprise et de publicité.

Doit-on s’attendre à ce que la borne Vélib’, devant l’Hôtel de Ville, s’appelle B.H.V. Marais ? Cela pose une question essentielle. Quelle est la limite de cette marchandisation ? Hier, les stades et les salles de concert, aujourd’hui, les stations Autolib’ et Vélib’, demain, les musées, les écoles, et ensuite ? Le "naming" traduit un processus de désengagement du financement public au profit du privé.

Cette privatisation de l’espace public pose une question d’ordre culturel : celle de l’avancée de la vente de l’espace public. Des différents équipements urbains sont des marqueurs symboliques de la Ville. Leur nom et leur architecture sont des repères urbains, au même titre que les places, les rues, les événements qu’ils accueillent participent à la construction culturelle de la Ville.

C’est pourquoi nous pensons primordial que la Ville de Paris engage une concertation avec les Parisiens, que ce soit ou non dans le cadre du Règlement publicité locale, sur ces nouvelles formes de publicité que représente le "naming" des équipements publics et du patrimoine, et que dans l’attente de cette concertation, la Ville de Paris s’engage à protéger le patrimoine des équipements publics en rompant cette logique.
J’alerte sur le fait que nous allons prochainement adopter notre budget, et comme nous l’avons dit hier, dans un contexte incertain. Si d’aventure certains nous font des propositions de trouver des nouvelles recettes de ce type, on pourrait, par exemple, proposer que le Parc des Princes s’appelle "Emirates Stadium". On pourrait proposer d’autres sujets sur d’autres bâtiments. Sachez que le groupe Communiste s’y opposera fermement.

Par ailleurs, je voudrais dire mon plaisir que nous aurons jeudi, avec la maire du 12e, Catherine BARATTI-ELBAZ, et la Maire de Paris, d’inaugurer un nouveau gymnase dans le 12e qui s’appellera Althea Gibson, femme noire d’origine américaine qui, pendant l’apartheid, a été la première femme à gagner Roland-Garros, Elle a gagné onze tournois du Grand Chelem et permet une éducation au racisme, alors que vous savez aujourd’hui que le racisme augmente sans arrêt dans notre société.
Voilà le sens de la dénomination de notre patrimoine qui va à l’encontre de la logique du "naming". Je vous invite donc à voter notre vœu.

Je vous remercie.

Publié le

22 novembre 2017

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