Rechercher sur le site

Nous refusons la marchandisation de la mort

Nous sommes opposés à la marchandisation de la mort. La SEM donne entière satisfaction et elle reste un instrument public. Nous l’affaiblissons à un moment où les crémations explosent et les inhumations reculent.

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj

Je ferai une seule intervention pour les deux délibérations, dans le respect du temps qui m’est imparti.

Nous n’avons pas été convaincus par la procédure de délégation de service public mise en place, car il nous semblait qu’elle fragiliserait un édifice si important pour nous toutes et tous, qui est l’accompagnement de la mort, la capacité à faire son deuil dignement et d’avoir en face un service public de qualité.

La volonté de la Ville au moment où s’ouvrait le marché funéraire a été la création de notre SEM, qui donnait jusqu’alors une entière satisfaction. L’ouverture à la concurrence, nous l’avons vu, a peu à peu standardisé les moments de ces obsèques. La capacité de notre SEM à répondre aux exigences des familles tout en respectant les principes de laïcité et de décence qui conviennent à ce moment si important dans nos vies n’est pas à démontrer.

Nous le savons désormais, l’appel à concurrence via les D.S.P. nous a amené un certain nombre de surprises. Nous sommes dubitatifs quant à la réussite sur le long terme de cette entrée massive du privé dans des sphères de notre vie, et du coup de notre mort.

Oui, je dois le dire, dans la gestion des derniers instants avant le départ d’un proche, cela me choque, car nous considérons que la mort ne doit pas être un marché et qu’il ne doit pas avoir de logique de rentabilité. Il en est donc de même pour la réponse de la Société des crématoriums de France, qui dépend d’un fonds de pension.
Ce n’est pas une entreprise philanthropique, elle a donc fait une offre de redevance minimale garantie du double de celle de notre SEM. Cela devrait nous interroger.

Il me semble que nombre d’entreprises sont prêtes à rogner sur leurs marges, y compris en cassant les prix de prestation, afin d’avoir le marché de Paris. Il s’agit, avec le marché de la Ville de Paris, d’avoir une carte de visite qui se vend bien en France et dans le monde entier.

Nous le savons, en séparant en deux la D.S.P., nous avions le risque que le secteur le plus lucratif à terme, celui de l’incinération, échappe au public. Car la D.S.P. 93 qui concernait le réseau de nos boutiques et des prestations classiques d’inhumation est déjà dans un marché concurrentiel. Pourtant, avec 10 % du réseau d’accueil des familles, notre SEM réalise 20 % du marché des inhumations à Paris. Mais cette D.S.P. est simplement de cinq ans, alors que la D.S.P. sur la crémation est de 30 ans. Bien entendu, nous le savons, c’est parce que ce marché comporte un investissement important pour la création du crématorium du 19e arrondissement et la rénovation du crématorium du Père-Lachaise.

Que restera-t-il de notre SEM dans 5 ans, alors que nous l’amputons du pan de son activité qui est le plus en expansion, la crémation ? Oui, alors que Paris a eu l’intelligence de créer le Père-Lachaise, premier crématorium il y a 130 ans, ce mode de funérailles était confidentiel dans une France catholique qui où il n’était pas bien vu de se faire incinérer.

Désormais, du fait du manque de place dans les cimetières parisiens et hors les murs, du fait des modifications des structures familiales dans lesquelles la visite au cimetière n’est plus ce qu’elle était, comme un moment important des retrouvailles familiales, l’incinération apparaît comme plus simple et plus pratique. Elle est de plus moins coûteuse sur le long terme, puisque le prix des concessions et l’entretien des lieux où sont mises les urnes n’a rien à voir avec l’entretien d’un caveau.

De plus, la laïcisation de notre société a levé bien des interdits sur le rapport à l’incinération. L’Eglise catholique a elle-même dû évoluer vers une plus grande tolérance pour le choix diversifié des familles, y compris croyantes.

Pour toutes ces raisons, nous pensons qu’à terme, le destin de notre SEM est aujourd’hui scellé. Oui, par ce vote, c’est la mort programmée de notre SEM. Les conséquences peuvent être immédiates pour plusieurs agents, certaines fonctions support non reprises par la nouvelle entreprise, cela aura des suites négatives en matière d’emploi, même si les 22 salariés employés au crématorium du Père-Lachaise seront repris par la nouvelle entité.

Nous avons proposé un vœu qui contient deux propositions. La première, c’est la demande du report de cette délibération. La seconde, qui est liée, c’est la mise en place d’une S.P.L. (société publique locale). On nous oppose l’argument du risque de la rupture de service. Sauf que l’on ne peut pas imaginer que le préfet et l’État laisseraient les Parisiens sans solution. Si le législateur a laissé dans le Code général des collectivités le passage en séance des délibérations après l’avis de la C.A.O., c’est bien qu’il considère que ces deux assemblées doivent décider, et c’est notre assemblée qui doit décider en dernier ressort, et non la commission.

Nous ne faisons ici qu’exercer notre droit de rejeter une D.S.P. parce qu’elle met à mal notre outil public. Est-ce que tout a été fait pour trouver une solution alternative à cette D.S.P. ? Avez-vous travaillé à un outil juridique, par exemple avec le Sifurep ou avec d’autres collectivités qui sont proches et qui ne sont pas adhérentes à un syndicat mixte ? Je ne le pense pas et nous le déplorons.

Nous avons su trouver par le passé des solutions intelligentes pour la Tour Eiffel par exemple. Nous pourrions le faire pour la crémation. C’est pour toutes ces raisons, mes chers collègues, que nous voterons contre cette délibération et nous maintiendrons nos deux propositions, à la fois de revoir cette délibération et de la reporter, et de créer une S.P.L. Je vous remercie.

Publié le

14 juin 2019

Auteur-e-s