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Paris engage la reconquête de la Petite Ceinture

Article paru dans "Les Echos"
18 mai 2016

Un an après la signature du protocole avec la SNCF, le Conseil de Paris s’apprête à voter la réouverture de tronçons dans quatre arrondissements dès cet été. Le coup d’envoi d’un vaste plan de reconquête.

L’ancien patron de la CGT Cheminots, Didier Le Reste, s’en souvient encore : « Le 18 janvier 2012, cinq voitures Corails ont été tirées par une locomotive diesel sur les voies de la Petite Ceinture entre la porte de Versailles et la porte d’Italie ». Malgré cette expérience concluante, les élus communistes parisiens, Didier Le Reste en tête, devront se faire une raison : si la Petite Ceinture de Paris, ex-rocade ferroviaire en jachère depuis plus de vingt ans, rouvre enfin, c’est pour devenir un lieu de promenade et non de transports. Ainsi en a décidé la Mairie de Paris, qui, un an après avoir signé un protocole d’accord avec SNCF Réseaux - de la petite ceinture - s’apprête à rouvrir au public des tronçons dans quatre arrondissements (12e, 14e, 19e et 20e). Donnant ainsi le coup d’envoi d’un « plan programme » de reconquête qui fut l’une des grandes promesses des élections municipales.

Jusqu’à présent, seuls quelques tronçons de cette voie longue de 32 kilomètres ceinturant la capitale étaient accessibles (promenades, jardins partagés...). Le reste était à l’abandon. La délibération, qui sera votée ces jours-ci au Conseil de Paris, instaure une mise en service progressive. Avant même l’ouverture des voies, quatre « stations » seront installées dans ces arrondissements afin qu’habitants et associations viennent y imaginer le devenir de leur portion de voie. « Nous ouvrons cet été une station de 5.000 mètres carrés, Villa Bel Air. Ce sera davantage un lieu de réflexion que de promenade. Nous nous appuierons sur les acteurs associatifs, les riverains. Il faut être ambitieux », explique Catherine Baratti-Elbaz, la maire du 12e arrondissement. Deux autres stations ouvriront d’ici fin 2016 dans les 17e et 18e arrondissements.

Réversibilité des usages

Au-delà de l’impulsion qu’elle donne, après des années de débats, la délibération du Conseil de Paris ouvre la voie à de nouveaux usages. « Sport, culture, agriculture urbaine, restauration, on peut tout imaginer », s’enthousiasme l’adjointe au maire de Paris chargée du dossier, Pénélope Komitès. A une triple condition : préserver la biodiversité, la tranquillité des riverains (1,2 million d’habitants vivent à moins de 800 mètres) et... le patrimoine ferroviaire. Le protocole signé avec la SNCF prévoit en effet la réversibilité des usages. Impossible d’ôter ou d’endommager les rails. Qui sait si un jour, des trains hyper-silencieux n’y glisseront pas à nouveau ? Les communistes en rêvent. « Nous militons pour un retour à une vocation ferroviaire de cette rocade unique au monde. Ce serait possible sans grande nuisance, et ce serait logique au moment ou l’on milite contre la pollution et où l’on repense la logistique urbaine à Paris. Ce n’est malheureusement pas l’option qui a été retenue, notamment parce la SNCF n’a pas assez entretenu les lieux », regrette Didier le Reste.

Pour conserver cette mémoire du rail, le groupe communiste milite pour des activités type vélorail, draisines ou petit train touristique. Il a déposé un amendement en Conseil de Paris. Car malgré sa tournure « très participative » et l’investissement des arrondissements, le projet d’aménagement restera largement entre les mains de la mairie centrale. Moyen d’assurer à la fois la diversité des activités, leur intégration dans les grands projets d’urbanisme (la petite ceinture traverse de nombreuses zones en cours d’aménagement), et l’équilibre des comptes. Car Paris, chargé par la SNCF de l’entretien des équipements en contrepartie de l’absence de loyer, veut éviter le gouffre financier. « A terme, l’objectif est de rouvrir la totalité de la petite ceinture, mais ce sera peut-être dans cinq ou dix ans ! Certains tronçons, ouvrages d’arts, ponts, tunnels, nécessitent des investissements importants. Il faut trouver des revenus », explique Pénélope Komitès. Les activités lucratives seront donc les bienvenues. Des restaurants et des snacks pousseront sans doute aux abords des gares. Et l’on ne serait pas surpris de voir un exploitant de champignonnière s’installer sous un tunnel...

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Publié le

20 mai 2016

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