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Pics de chaleur à Paris : il y a urgence à agir

A l’occasion de la communication de la Maire relative à l’urgence climatique, Jean-Noël Aqua rappelle qu’écologie et social sont indissociables. Ce sont les plus pauvres qui subissent le plus durement les extrêmes climatiques. Création de nouveaux espaces verts, développement du réseau de froid pour qu’il atteigne de nouveaux publics, lui donner des missions et un fonctionnement de service public...

Retrouvez son intervention

Madame la Maire, mes chers collèges,

Le changement climatique est devenu une réalité mesurable. Non seulement dans les relevés des scientifiques du GIEC. Mais aussi dans le quotidien de tout un chacun.

Il y a donc urgence à agir.

Bien sûr, il y a encore des Donald Trump ou les lobbys du business-as-usual pour nier le réchauffement et la nécessité d’agir.

De façon plus vicieuse, il y a encore des Emmanuel Macron qui font des grands discours sur le réchauffement climatique le lundi matin. Mais pour mieux rester dans l’inaction le reste de la semaine ; voire pire, pour mettre en place des politiques nocives. En promouvant des bus Macron à la place du train, en sabrant les fonds publics pour l’isolation des bâtiments, en favorisant l’expansion du trafic aérien, voire en versant de chaudes larmes en faveur de Total ...

Comment ne pas mentionner à ce propos le premier rapport sorti il y a quelques jours du Haut Conseil pour le climat, qu’a mis en place Emmanuel Macron lui-même en novembre 2018 ? Sous son langage feutré, ce rapport souligne la contradiction entre les discours et l’action du gouvernement.

Dans ce contexte, le volontarisme de la majorité parisienne de gauche à agir contre le réchauffement climatique est d’autant plus appréciable. Une action à double lame, contre le réchauffement, mais aussi contre ses conséquences.

Nous agissons dans le cadre du plan Climat pour limiter les émissions carbone du territoire parisien.

Mais nous agissons aussi pour limiter les effets du réchauffement sur les populations. Et en la matière comme en tant d’autres, la protection des plus fragiles doit être une priorité. Car écologie et social sont indissociables. Ce sont les plus pauvres qui subissent le plus durement les extrêmes climatiques. Ce sont les plus modestes qui n’ont pas la possibilité de partir des villes pour les vacances. Ce sont les moins aisés qui ont un habitat ou un cadre de vie qui ne sont pas adaptés à la chaleur.

La communication sur le rafraichissement urbain est donc parfaitement d’actualité. Nous avions d’ailleurs déposé un vœu il y a deux ans en faveur d’un plan canicule. Un certain nombre de ses propositions se retrouvent dans cette communication dont nous partageons l’esprit.

La mer et la nature sont le premier rempart naturel contre la chaleur des villes. Marcel Proust n’avait-il pas l’habitude de passer ses étés sur la plage de Cabourg pour échapper à la chaleur de Paris ?

Pour celles et ceux qui ne peuvent pas s’offrir le luxe d’un séjour à la mer, nous avons amené la mer à Paris avec Paris Plage. Je salue aussi l’ouverture des baignades naturelles et gratuites que mon groupe a toujours soutenues.

Après la plage, vous souhaitez faire venir les forêts à Paris. La création de nouvelles forêts urbaines, bel oxymore, permettra de rafraichir la Ville grâce à l’ombre et surtout l’évapo-transpiration de la végétation. Et comme nous sommes soucieux du cadre de vie des plus modestes qui souffrent le plus d’un cadre de vie inadapté à la chaleur, nous souhaitons que le développement de ces forêts se fasse particulièrement en leur direction.

Nous proposons de créer de nouveaux espaces verts, entre le boulevard des maréchaux et le périphérique, sur le jardin de la gare de Charonne, mais aussi sur des places comme Stalingrad, colonel Fabien, Denfert-Rochereau, du 18 juin 40 ou du Chatelet ...

Avec nos propositions, nous poussons toujours plus loin le mariage entre écologie et social, une condition nécessaire pour la rupture écologique.

J’en viens maintenant au point dur de notre débat, celui du réseau de froid. De fait, au-delà des solutions passives, le recours à des systèmes de rafraichissement sera nécessaire. Le réseau collectif de froid urbain parisien est un atout et une chance pour notre ville. Ses performances énergétiques sont bien meilleures que celles des systèmes de climatisation autonomes. Preuve qu’une gestion unifiée de l’énergie peut être plus efficace et vertueuse, chose que certains ont parfois tendance à oublier.

Il y a pour nous aujourd’hui une double nécessité : développer le réseau de froid pour qu’il atteigne de nouveaux publics, et lui donner des missions et un fonctionnement de service public.
Nous apprécions donc que le schéma directeur du froid parisien prévoit le doublement du froid distribué.

Mais sur la gestion, vous nous proposez aujourd’hui d’approuver le principe du renouvellement de la délégation de service public, aujourd’hui détenue par Climespace.

Il s’agit donc de confier à un acteur privé la production, le stockage et la distribution de froid.
Nous comprenons qu’il est un peu tôt pour parler d’une gestion en régie car le réseau est en cours de développement, et les investissements très importants. Cependant, nous aurions préféré, plutôt qu’une délégation de service public, une Semop, société d’économie mixte à opération unique, qui permet de renforcer la maitrise publique sur l’outil industriel. Nous déposons un vœu demandant que cette option ne soit pas écartée à ce stade.

Ensuite, nous proposons deux amendements qui abordent deux points d’importance pour nous.

Le premier amendement concerne les salariés actuellement engagés par le prestataire actuel, Climespace. Ils sont 130 et sont les experts du terrain. C’est leur travail qui a permis de construire et de développer le réseau. Nous voulons sécuriser leur avenir et nous assurer qu’au moment du changement de prestataire (DSP ou SEMOP), ils soient bien repris et que leurs contrats, leurs rémunérations, leurs cycles de travail, leur ancienneté soient maintenus. Il serait inacceptable qu’une entreprise remporte le marché grâce à un dumping social sur la masse salariale. Il doit y avoir une jurisprudence Vélib.

Le second amendement concerne le schéma directeur du réseau de froid. Nous voulons le développer sur les crèches, écoles, collèges publics et EPHAD.

En effet, le réseau collectif de froid a aujourd’hui pour usagers principalement des grands comptes : grandes surfaces commerciales, hôtels, bureaux. Vous proposez sa diversification vers les commerces de pied d’immeubles et les hôpitaux. Nous voulons aller plus loin et raccorder des équipements publics, et notamment les établissements scolaires et les EHPAD.

Car nous le savons, les jeunes et les ainés sont les plus vulnérables aux fortes chaleurs.

Nous avons vu il y a deux semaines des écoles fermer, des enfants faire des malaises dans des écoles parisiennes, des écoles transformées en garderie. Une rupture de service public, malheureusement appelée à se répéter de plus en plus souvent. Si nous pouvons agir, l’investissement en vaut la peine ... financière. Même si ce n’est que pour quelques semaines par an (semaines qui risquent d’être de plus en plus fréquentes), le réseau de froid doit concerner ces publics.

Grâce à notre amendement, nous développerons donc le service public de froid vers des équipements publics, établissements scolaires publics et Ehpad. C’est une petite étape aujourd’hui qui, nous y veillerons, se traduira en qualité de vie pour toutes et tous.

Développer le service public du froid dans une logique aussi vertueuse écologiquement que socialement, c’est souhaitable. C’est possible.

Je vous remercie,

Publié le

8 juillet 2019

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