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Plan Biodiversité : soyons attentifs aux financements

Comme pour le plan climat, nous déposons un vœu pour exclure des financements de la biodiversité les acteurs qui contribuent à sa destruction. Les enjeux court termistes de la finance ne sont pas compatibles avec la vision de long terme qu’implique la planification écologique.

Retrouvez l’intervention de Jean-Noël Aqua

A partir du 2 août, nous vivrons à crédit. J’imagine que ceux qui sont uniquement obsédés par le respect de normes austéritaires vont froncer le sourcil désapprobateur. Mais ce crédit est inquantifiable en matière financière. Ce crédit, c’est à la Terre que nous l’imposons.

Chaque année le « jour du dépassement », le jour à partir duquel l’humanité a consommé ce que la planète peut renouveler en 1 an, ne cesse de s’avancer. Cette date survient cette année trois mois plus tôt qu’il y a trente ans ! Cette exploitation est à l’origine même des changement climatique et extinction massive des espèces qui nous préoccupent tant, et qui sont à l’origine de la présente délibération.

Avec l’adoption de ce Plan biodiversité, Paris « favorise le changement de regard de l’ensemble des acteurs du territoire », pour obtenir des effets à long terme. Le Plan est ambitieux et a de très nombreux mérites que nous saluons.

Néanmoins, comme pour le Plan climat, comme pour le Paris fonds vert, nous avons une réserve sur le financement des actions du Plan. Vous me pardonnerez de me répéter une nouvelle fois, mais l’enseignant que je suis, sais que la répétition est pédagogique.

Le Plan Biodiversité prévoit dans une large part de recourir aux mécanismes financiers verts. Or, c’est bien le mode de production capitaliste qui engendre l’épuisement des ressources naturelles. Pour nous, il ne peut y avoir de finance verte comme il ne peut y avoir d’eau sèche ou de désert surpeuplé.

Ne nous trompons pas : c’est bien le système de production capitaliste, structurellement et essentiellement tourné vers le bénéfice financier de court terme, qui provoque l’exploitation de la nature, avec la surexploitation des ressources biologiques, la modification des écosystèmes, le changement climatique...

Aujourd’hui, ces mêmes acteurs, ces mêmes entreprises, ces mêmes « décideurs » qui exploitent les ressources naturelles pour faire leurs profits indécents, investissent dans des obligations vertes. Souvent, ils souhaitent même que ces prises de position et investissements verts soient rendus publics. Cela signifierait-il que la finance s’est convertie à l’écologie ?

Permettez-moi d’en douter. Cette conversion est intéressée : tout d’abord par l’attraction pour de nouveaux eldorados financiers ; mais intéressée aussi et surtout par une bonne communication, un rachat bien facile d’image, pour des entreprises bien souvent en délicatesse avec leurs actions réelles. Ce greenwashing est contre-productif. Derrière la façade en faveur de l’écologie, se cache une réalité productiviste et court-termiste, en tous points opposée aux logiques écologiques.

Ne soyons pas dupes. Aujourd’hui, la nature est un gisement de profit pour les groupes industriels prédateurs : du glyphosate aux néo-nicotinoïdes, en passant par le brevetage du vivant, sans parler de l’exploitation pétrolière, tout montre que les intérêts des financiers s’opposent dans leur écrasante majorité à la protection de l’environnement et des ressources naturelles.

Aussi, nous déposons un vœu relatif au financement du Plan biodiversité relatif aux leviers financiers qui sont proposés. Nous proposons ainsi d’exclure des opérations financières de la Ville, les entreprises participant activement à la destruction de la biodiversité. Les entreprises productrices de produits nocifs ou pratiquant le brevetage du vivant, comme celles produisant massivement des produits phytosanitaires participant à la destruction de la biodiversité.

Le mois dernier, lorsque je suis intervenu pour souligner l’importance d’exclure certains investisseurs du fonds verts, on m’a répondu que « même Marx sait que pour développer une entreprise, il faut des fonds ». Certes, mais précisément, pas de n’importe quelle origine. Permettez-moi d’ailleurs de retourner à la lettre du texte. Marx écrit que le capitalisme exploite avec la même férocité l’homme et la nature. Ses écrits sur la nature et son exploitation tiennent une large part dans son œuvre, montrant que les enjeux écologiques sont indissociablement liés au dépassement du capitalisme.

La lutte pour biodiversité fait partie de ce combat. Redonner du sens à l’action économique, en l’occurrence ici pour des objectifs environnementaux, c’est bien là la force d’une idée toujours neuve voulant que les hommes décident collectivement de ce qu’ils produisent collectivement.

Par ailleurs, le développement de la recherche et de l’éducation sont essentiels pour viser une profonde transition écologique. Pour cette raison, nous voyons d’un très bon œil les délibérations rattachées au Plan biodiversité qui entretiennent et approfondissent les partenariats avec les Universités et instituts de recherche qui travaillent ces dimensions. Car la connaissance porte en germes les futurs possibles de notre transition écologique. La rentabilité de cet investissement ne se mesurera certes pas en termes comptables. Elle sera bien plus grande que cela. Elle se traduira par un développement harmonieux entre l’homme et la nature. C’est le bon sens de l’action publique.

Pour cette raison mais aussi pour toutes celles développées par mes collègues Nicolas Bonnet et Didier le Reste, nous saluons le plan biodiversité, son volontarisme, sa richesse et permettez-moi sa diversité.

Publié le

22 mars 2018

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