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Plan Climat : pour un pôle public de l’énergie

Paris est ambitieuse avec son plan climat, elle fait mieux que le gouvernement mais elle ne peut pas tout faire. Nous plaidons pour un pôle public de l’énergie, pour que la transitipon énergétique ne lèse personne et ne se fasse au détriment des plus démuni-es.

Retrouvez l’intervention de Jean Noël Aqua...

Madame la Maire, mes cher·e·s collègues,

Le plan climat énergie de notre Ville met de façon ambitieuse les moyens en face du besoin criant d’une transition énergétique. Il met les actes en face des mots, et décline toute une série de mesures qui permettent réellement de transformer notre rapport à la nature.

En premier lieu, ce plan vise à diminuer le plus fortement possible nos consommations d’énergie carbonée. Rappelons les engagements pris lors de la Cop21 : diviser par 3 notre usage des énergies fossiles, et développer en conséquence les énergies renouvelables et non-carbonées, et favoriser les économies d’énergie. La France nous le savons est déjà plutôt bon élève parmi les pays développés, avec des émissions dans la moyenne planétaire, alors que presque tous les autres pays développés sont des mauvais élèves, l’Allemagne émettant deux fois plus de CO2 par habitant, l’Amérique, presque 3. Et pourtant, même si nous sommes plutôt bien placés, nous devons je le répète diviser par 3 nos émissions. Et les trajectoires prises depuis la Cop21 ne sont pas bonnes. Nous ne pouvons donc que nous féliciter des engagements forts inscrits dans ce plan, des moyens qui lui sont alloués, de la transversalité et de l’ampleur de ses actions.

Nous avions en novembre dernier participé à la rédaction de ce plan en proposant des amendements pour insister notamment sur l’importance des transports publics et de la relocalisation de la production à Paris comme leviers de la transition énergétique. Nous nous félicitons que ces éléments soient maintenant inscrits dans ce plan.

Une réserve simplement. L’objectif du plan est de faire de Paris un « territoire 100 % énergies renouvelables » en 2050. Comme le précise le Plan climat il est pour cela nécessaire de « transformer radicalement le système énergétique actuel, tant au plan local qu’au niveau national ».

Ne le redisons : l’objectif de verdissement total du réseau énergétique nous semble difficile à atteindre en l’état actuel des connaissances, des techniques et au regard des investissements dans la recherche et le développement. S’il serait bien sûr intéressant de n’avoir que des énergies renouvelables, cela doit rester une trajectoire, fonction de la réalité technologique et industrielle. Aujourd’hui, ce serait impossible du fait de l’intermittence de ces énergies, si l’on prend en compte les contraintes physiques.

Vous le savez aussi, nous nous inquiétons aussi des dispositions législatives qui consistent à déréguler le marché de l’électricité en France, remettant en cause le rôle planificateur de l’État dans la production et la distribution d’énergie dans l’intérêt de toutes et de tous.

Nous avons donc beaucoup de circonspection sur l’affichage, sur la communication d’un Paris qui souhaite devenir un territoire 100 % énergies renouvelables avec seulement 20 % d’énergies produites localement. Or, nous savons que, même en passant par des marchés publics d’énergie verts, on ne peut pas garantir que l’électricité qui circule dans le réseau provienne uniquement d’une production d’énergie verte. Pour le dire autrement, Paris pourra s’afficher 100 % énergies renouvelables en 2050, que parce que d’autres territoires s’approvisionneront avec des sources d’énergies non renouvelables.

Pour cette raison, nous avons une réserve sur le modèle décentralisé et territorialisé que propose le Plan climat. La question climatique nous oblige tous, elle concerne tous les territoires nationaux, tous les États de la planète. Aussi, il nous semble inopportun que certains territoires, parce que plus riches, puissent s’afficher « 100 % énergie vertes » et ainsi faire monter les prix de marché. Ceux qui auraient les moyens de ne passer que par des marchés publics d’énergie verts pourraient se targuer d’être les bons élèves de la transition énergétique, au détriment d’autres, qui s’approvisionnent avec le reste du gâteau énergétique.

Ne vous méprenez pas sur nos intentions. Notre boussole est bien orientée vers le développement des énergies non-carbonées, et en particulier, renouvelables. Mais pour y parvenir, il est impératif d’investir massivement dans la recherche et le développement. Les investissements colossaux à opérer nécessitent selon nous un pilotage national. Nous parlons bien ici du plan climat, son corollaire est celui de la planification écologique, qui doit être pilotée au niveau national pour bénéficier de l’investissement industriel lourd et permettre la solidarité entre les territoires.

Je ne m’étends pas davantage sur cette question qui sera débattue prochainement dans ce Conseil.

Je termine en soulignant à nouveau l’importance du Plan climat et les avancées que représentent ses objectifs ambitieux et sa transversalité. Les nombreux amendements et vœux rattachés déposés en novembre par les groupes politiques de différentes sensibilités le montrent. J’apprécie notamment la prise en compte plus importante des émissions carbone du transport aérien.

Le fait que le plan climat ait été adopté à l’unanimité est une belle preuve de la prise de conscience de tous et toutes de l’urgence de la question climatique et de la nécessité impérieuse d’y apporter une réponse à la hauteur. Même si nous pouvons diverger sur certains points bien précis, je m’en félicite. Les élu·e·s du Groupe communiste continueront à affirmer leur attachement à une transition écologique où les questions sociales et environnementales se conjuguent.

Je vous remercie.

Publié le

22 mars 2018

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