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Plan Climat : pour une révolution qui conjugue social et écologie

NIcolas Bonnet Oulaldj salue l’engagement de Paris dans la lutte contre le réchauffement climatique et l’ambition du Plan Climat Air Energie.
Mais les simples incitations resteront insuffisantes. Ce qu’il faut, c’est une révolution qui conjugue social et écologie en s’appuyant sur l’action publique.

Retrouvez son intervention...

Madame la Maire, mes chers collègues,

De quoi parle-t-on ? De ce que l’on respire ? De ce que l’on boit ? De ce que l’on mange ? Comment on se chauffe ? Comment on se déplace ? Tout ce qui est essentiel à l’humanité. Avec ce Plan Climat Air Energie, avec Paris, nous montrons une nouvelle fois que nous sommes capables de nous engager. La Ville s’engage pour les Parisiennes et les Parisiens. Elle s’engage pour les Franciliens et les Franciliennes. Elle s’engage pour respecter les accords de Paris de la COP21. Elle s’engage à répondre à l’urgence climatique pour l’humanité.

Aujourd’hui, de nombreux rapports font état d’un écart inquiétant entre les objectifs collectivement assumés et les actions réellement entreprises, aussi bien au Nord qu’au Sud. Tous les signaux sont donc au rouge. Le nouveau Plan Climat a l’ambition de relever avec efficacité ces enjeux. Paris ne propose pas un Plan Climat au rabais. La preuve est des émissions liées au transport aérien qui sont prises en compte dans le calcul de l’empreinte carbone du territoire. Nous nous en félicitons, car c’est un choix qui montre bien que nous ne cherchons pas à tricher avec les enjeux environnementaux et les objectifs que nous nous sommes fixés. Malgré cela, je tiens à souligner que les qualités de ce nouveau Plan Climat font parfois aussi ces défauts. Je m’en explique.

La Ville prend, certes, ses responsabilités, mais elle ne peut porter seule l’ensemble de la charge de la transition énergétique et la réduction de l’empreinte carbone. Beaucoup de mesures doivent être prises au plan national. Le Plan Climat mise trop souvent sur les notions de gouvernance, de plaidoyer, de bonnes pratiques, d’incitations individuelles.
Il est, certes, important d’impliquer les citoyens dans la démarche de la transition énergétique.
Il est, certes, important d’informer dans le but d’engager un changement des modes de vie.

Mais ces incitations resteront insuffisantes. Nous devons engager une vraie révolution qui conjugue le social et l’écologie, en s’appuyant sur l’action publique. L’investissement public dans les transports, dans la chaîne de production, dans la politique énergétique, dans la rénovation des bâtiments, est un préalable indispensable au changement des modes de vie et donc, à la transition écologique.
La lutte contre le changement climatique implique donc, à nos yeux, d’envisager une réelle planification écologique qui prenne en compte l’ensemble du territoire national, car, nous le savons, la pollution et les émissions de gaz à effet de serre ne connaissent pas les frontières. Vous avez dit, Madame la Maire, qu’on veut accélérer. Quand on veut accélérer, notamment en vélo, on change de braquet. Peter SAGAN vous dira qu’on peut passer au 53,11, mais, pour cela, il faut des jambes et donc, il faut de la puissance musculaire.

Alors, ce changement de braquet implique, pour nous, la puissance publique et la mise en œuvre de réelles politiques publiques. La puissance publique doit impulser de grands chantiers, pourvoyeurs d’emplois pérennes, qui permettront de servir l’intérêt général. C’est à ce prix et dans ces conditions seulement que nous pourrons relever le défi environnemental et social.

La question est bien celle des investissements à entreprendre dès aujourd’hui pour impulser les mesures que nous assurerons demain. Ainsi, la mise en œuvre du Plan Climat n’est pas compatible avec les politiques d’austérité. Comment pouvons-nous imaginer impulser une transition énergétique juste alors que nous subissons la contrainte financière sans précédent de la part du Gouvernement ? Comment pouvons-nous imaginer réduire notre empreinte carbone sans un investissement massif dans l’industrie et dans la recherche ? Encore une fois, nous voyons, avec ce Plan Climat, que le sentier que dessine la majorité municipale n’est pas compatible avec la politique que mène le Gouvernement.

Nous ne devons pas oublier que dans notre société actuelle, la question écologique est une question sociale. Le Plan Climat, par sa transversalité, touche ainsi à la fois les conditions de vie, l’emploi, la mobilité des habitants de Paris et de l’Ile-de-France. L’écologie et le social ne doivent plus s’opposer mais doivent se conjuguer. C’est en ce sens que nous avons cherché à infléchir les orientations du Plan Climat par une série d’amendements.

Le premier point que je souhaite évoquer est celui de la question énergétique. C’est là notre principal point de désaccord. Nous avons déposé un vœu pour modifier la première partie du plan sur l’énergie et toute une série d’amendements. En effet, de nombreuses dispositions et de nombreux principes du Plan Climat auront pour conséquence une territorialisation et une décentralisation de la production d’énergie. Le Plan met aussi en avant des principes de bonne gouvernance et de sobriété énergétique qui sont incompatibles avec la dérégulation du marché de l’électricité et le recours à des opérateurs privés qui obéissent d’abord à des logiques financières à court terme.

Pour nous, l’énergie est un bien commun qui doit être produit, géré, distribué et administré par un service public national afin de garantir l’intérêt général et de préserver l’environnement. Nous plaidons pour la recréation d’un service national public de l’énergie porté par un établissement public. Cela permettrait de garantir le droit d’accès effectif à l’énergie pour toutes et tous et donc de lutter contre la précarité énergétique. Cela permettrait aussi d’assurer un développement équilibré des territoires.

Ce pôle public doit être couplé avec un engagement fort dans la recherche et la création de filières nationales qui permettront d’industrialiser les nouvelles technologies. L’objectif 100 % énergies renouvelables n’est pas atteignable en l’état actuel des technologies et de la recherche, en raison notamment de l’intermittence des énergies solaire et éolienne. Nous ne sommes pas dupes sur ce point. Nous ne voulons pas non plus que l’objectif 100 % énergies renouvelables soit le cheval de Troie du démantèlement du service public. Nous serons vigilants à l’avenir de l’hydraulique français, aujourd’hui menacé de privatisation.

Pour nous, un autre levier de la transition énergétique du territoire parisien est celui de la relocalisation de la production. Nous entendons rapprocher les lieux de production de vie, de travail, pour engranger un cercle vertueux : celui d’une économie circulaire pourvoyeuse d’emploi local et sobre en énergies décarbonées.

Les préconisations de la Mission d’information et d’évaluation "Fabriquer à Paris" pour relever les défis sociaux et environnementaux offrent de nombreuses pistes de réflexion qui sont autant de leviers d’action. Le levier du foncier doit notamment être mobilisé. Nous devons imaginer au cœur de Paris des espaces modulables dans lesquels peuvent s’installer des artisans à un prix de location abordable. Ces ateliers devraient pouvoir être partagés par plusieurs fabricants dans une logique d’économie circulaire, de mutualisation des outils et des moyens de production pour répondre aux enjeux environnementaux.

La Z.A.C. Bercy-Charenton constitue à nos yeux un laboratoire qui peut nous permettre d’imaginer et d’impulser la création d’un pôle industriel à l’échelle du territoire francilien pour enclencher un processus d’économie à l’impact social et environnemental vertueux.

Voici l’ensemble de nos propositions que Didier LE RESTE et Jean-Noël AQUA vous présenteront.

Je vous remercie.

Publié le

22 novembre 2017

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