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Politique parisienne pour la vie nocturne : faire cohabiter trois mondes

Nicolas Bonnet Oulaldj a rappelé lors de son intervention que l’ensemble des dispositifs et en particulier le Conseil de la Nuit sont une bonne réponse au dialogue nécessaire entre les différents publics de notre ville : ceux qui s’amusent, ceux qui dorment et ceux qui travaillent. Il a expliqué que le groupe PCF/FDG n’était pas favorable à une ville qui ne dort jamais et a déploré l’absence de propositions pour celles et ceux qui travaillent à Paris la nuit.

Retrouvez son intervention

Madame la Maire,
Mes cher-es collègues,

Beaucoup de satisfactions et quelques regrets en lisant votre communication sur la nuit parisienne.

Il est vrai que beaucoup de chemin a été parcouru depuis la chanson de la Mano Negra :
« Paris se meurt aujourd’hui
De s’être donnée à un bandit
Un salaud qui lui a pris
Ses nuits blanches
Paris la nuit c’est fini
Paris va crever d’ennui
Paris se meurt rendez ses nuits blanches ! »

Les efforts que vous menez pour faire cohabiter trois mondes dans le même espace sont méritoires. Il y a ceux qui s’amusent, il y a ceux qui dorment et il y a ceux qui travaillent.

Aucun de ces trois mondes ne pourrait exister sans les deux autres et réciproquement. Sauf que dans certains quartiers c’est la quadrature du cercle, entre ceux qui travaillent tôt, ceux qui se couchent tard.

L’ensemble des dispositifs et en particulier le Conseil de la Nuit sont une bonne réponse au dialogue nécessaire entre les différents publics de notre cité. Le fait que vous ajoutiez un collège de parisiennes et de parisiens tirés au sort est une bonne nouvelle, sinon nous étions trop souvent dans un tête à tête entre les actrices et acteurs de la nuit et des comités de riverains.

Habiter une ville aussi dense comme Paris, une ville où peu de quartier ne connaissent aucune vie nocturne est compliqué. Notre ville se doit de relever le défi puisque de construire une ville à la fois pour ceux qui y vivent, y travaillent et la visitent.

Nous devons garder comme boussole ce triptyque. Nous ne voulons pas que la ville ne s’intéresse qu’aux touristes. Même si on sent une tendance au plus haut niveau de l’état de se servir de Paris comme une vitrine à touristes. J’en veux pour preuve la création des Zones de Tourisme Internationales et son appendice le Charles de Gaulle express. On a échappé aux casinos c’est vrai….

Mais je disais que j’avais quelques regrets.

D’abord Paris n’est pas, contrairement à une idée largement répandue une ville où les transports n’existent pas la nuit. Nous sommes dans la moyenne haute des villes européennes pour l’ouverture des transports publics la nuit.

Alors faut-il aller plus loin, comme vous le suggérez ?

Vous le savez nous ne sommes pas favorables à une ville qui ne dort jamais. Nous ne voulons pas que Paris soit une de ces métropoles mondiales uniformisée où tout marche 24h sur 24. Les touristes le savent et ils veulent trouver à Paris un rythme un art de vivre qui n’existe pas ailleurs.

Ils aiment les différences et pas les produits standardisés.

Donc si en matière de transports on peut et on doit travailler à des aménagements, nous devons le faire dans le respect de celles et ceux qui travaillent et y vivent. Il est difficile de trouver un moyen de transport public entre 2 et 5h30 le matin c’est vrai. Les noctiliens remplissent ce rôle, mais ce réseau doit être renforcé tant en moyens matériels et humains qu’en périodicité.

Mais si nous pouvons réfléchir à une plus grande amplitude horaire , des métros et RER pour nous cela ne peut être qu’à la marge , éventuellement le week-end .Posons toutes les données dans lesquelles je mets, le personnel, le matériel et son entretien et rien ne doit se faire sans associer les personnels des entreprises publiques de transport et leurs organisations syndicales.

L’autre regret que j’ai , c’est l’absence de propositions pour celles et ceux qui travaillent à Paris la nuit. Vous les citez une fois pour dire qu’ils sont 600 000 mais d’où viennent-ils ? Comment font-ils pour venir ? Pour celles et ceux dont les métiers les amènent à travailler la nuit, il faut aussi des réponses adaptées. Par exemple, le début du service de métro est aussi important que la fin, pensons à celles et ceux qui doivent quitter Paris pour rejoindre les aéroports ou Rungis…. Je pense aussi aux travailleuses et travailleurs du ménage, qui au beau milieu de la nuit nettoie les bureaux , leur transport ne devrait-il pas être pris en charge par leur entreprise ?
A l’heure où un rapport édifiant de l’ANSES sur les conséquences sur la santé du travail de nuit dresse , dans ses conclusions , un tableau clinique alarmant avec outre les risques avérés de troubles du sommeil et de troubles métaboliques , des risques « probables » de cancer, d’obésité, de maladies cardiovasculaires et de troubles psychiques, ne devrions nous pas au contraire chercher à marginaliser le travail de nuit pour le laisser aux missions essentielles ?

Je le reconnais la question n’est pas aisée et vous avez Monsieur Hoquard la volonté d’avancer en ne lésant, ni ne privilégiant personne mais bien que tous cohabitent.

Nous serons donc très attentifs aux suites données à votre communication et nous souhaitons comme vous, qu’à Paris la nuit, il fasse bon se divertir et se promener, mais aussi qu’il soit plus facile pour ceux qui travaillent et qui n’ont pas le choix. 13% des franciliens sont dans ce cas. Ce n’est pas rien.

Publié le

7 juillet 2016

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