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Présentation du rapport « Fabriquer à Paris pour relever les défis sociaux et environnementaux : quelles filières industrielles d’avenir ? »

A notre l’initiative et présidée par Nicolas Bonnet-Oulaldj, l’un des objectifs de cette mission était d’établir un état des lieux précis de la situation industrielle parisienne et des politiques publiques qui accompagnent son développement. Ce rapport a été adopté à l’unanimité avec 54 préconisations qui visent à relancer l’industrie à Paris. La restitution publique du rapport aura lieu mardi 6 octobre à 19h au siège du PCF.

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj

Madame la Maire, mes chers collègues,

Je voudrais vous dire tout le plaisir que j’ai à vous présenter ce rapport qui est le fruit de 6 mois de travaux de la mission que j’ai présidée. D’abord, je tiens à remercier les 80 personnes qui ont accepté d’être auditionnées et celles et ceux qui nous ont accueilli au cours des 10 visites de terrains. Je remercie les 15 élus qui ont participé assidument à nos travaux ainsi que leurs collaborateurs et je remercie chaleureusement Pierre Auriacombe, le rapporteur avec lequel j’ai apprécié travailler.

Bien sûr, je remercie Raphael Brun, Michel Des Boscs et leur équipe, qui ont permis d’aboutir à un rapport de 220 pages d’une richesse incroyable, avec une bibliographie de 5 pages de références. Autant dire le sérieux, le professionnalisme et la qualité du travail fourni de cette mission pour nous accompagner dans nos futures décisions politiques, une méthode à contre-courant de décisions politiques prises sur un coin de table entre un Ministre et un conseiller sous pression des lobbyistes et ayant pour seul outil Google Map.

C’est bien le fabriquer à Paris, le savoir-faire parisien qui est au cœur de ce rapport. Fabriquer à Paris donne du sens à la vision que nous avons de l’avenir de notre ville. Nous ne voulons ni d’une ville musée, ni d’une ville endormie qui construite autour de bureaux et de services, nous voulons un Paris pour toutes et tous, une ville qui fabrique, qui crée, qui invente et qui produit les richesses de demain. Une ville où l’on s’émancipe dans le travail et dans la création.

Le label « fabriqué à Paris » est une manière volontariste de soutenir la fabrication parisienne et francilienne. Avec des critères de formation et de lieux de production, il prend tout son sens dans une nouvelle économie où la question de circuits courts, de traçabilité, d’éthique et de transparence prennent tout leur sens.

Nous voulons relever deux défis essentiels pour l’avenir de nos enfants : l’emploi et le climat. Notre rapport est d’autant plus d’actualité, avec le récent scandale dans l’industrie de l’automobile, qui invite à changer le système et pas le climat.

Aujourd’hui, Industrie et écologie doivent se conjuguer plutôt que s’opposer. C’est un fait majeur, les enjeux environnementaux nous obligent à penser autrement le métabolisme urbain et l’implantation de l’industrie dans la ville, penser autrement les processus par lesquels la ville importe, consomme, transforme et exporte énergie et matières premières, comprendre les flux qui entrent et qui sortent et construire un nouvel écosystème naturel. C’est tout l’enjeu de l’économie circulaire.

C’est au cœur des enjeux pour réinventer Paris. Nous avons un exemple parfait avec du dépôt Lagny de la RATP que nous avons visité. Il faut beaucoup d’inventivité à avoir pour créer la ville sur la ville.

Ce rapport d’inscrit dans le grand Paris de la coopération et la solidarité, et non celui de la concurrence entre les territoires. Paris est un moteur pour l’émergence d’une 3e révolution industrielle dont l’impression 3D est déjà une réalité qui remet en cause le modèle productif et nous fait entrer dans un nouveau paradigme. Un paradigme de production en petites séries personnalisées, de relocalisation de l’activité dans de petits espaces qui facilite les circuits courts.

Une révolution qui sera aussi citoyenne, avec les fablabs. Ces ateliers collaboratifs sont les laboratoires du changement social, qui préfigurent une autre façon de vivre, de travailler et de produire. Notre ambition est de faire de Paris un laboratoire d’un nouveau mode de développement industriel, socialement responsable et respectueux de l’environnement.

Nous avons essayé de répondre à une question : peut-on encore fabriquer à Paris ? Oui, si l’on tient compte des enseignements du passé et que l’on saisit les raisons de la chute de l’industrie à Paris. Le déclin s’explique en partie par la délocalisation des activités de production et le dumping salarial et social, l’externalisation d’un grand nombre d’activités comme l’entretien et la maintenance.

Oui, nous pouvons relancer la fabrication si nous levons les contraintes foncières, logistiques et environnementales toujours plus prégnantes.

Oui, nous pouvons relancer la fabrication à Paris, si l’on investit rapidement dans les nouvelles filières que nous avons pu identifier, par exemple la rénovation énergétique des bâtiments, l’énergie, les transports propres, le recyclage, la récupération et la réparation, les métiers de bouche et l’agriculture urbaine, l’artisanat d’art, la mode et la création et évidement toutes les filières de l’innovation et des nouvelles technologies.

Mais surtout, nous pourrons relancer la fabrication à Paris que si nous mettons en œuvre une stratégie renforcée en matière foncière et immobilière. Le cas de l’entreprise Gresillon à Belleville est emblématique. L’intervention de la ville, pour le maintien de l’activité et le devenir de la parcelle, est incontournable.

Les préconisations du rapport peuvent également se concrétiser dans la future ZAC Bercy-Charenton avec la création d’un nouvel écosystème autour d’un pôle logistique multimodale, la préservation du patrimoine des tunnels de la gare inférieure de la rapée pour accueillir des artisans et aller au-delà avec la création d’une « fablab city », d’une recyclerie et un développement de l’agriculture urbaine.

Enfin un autre lieu emblématique, au cœur de Paris, à Saint Paul, un village d’artisans qui préserve les savoirs faire parisien, encadreurs, ébénistes, tapissiers, filières de l’art, de la mode, du design.

En conclusion, je voudrais répondre à cette question que l’on m’a posée : les ouvriers et les enfants ont-ils encore un avenir à Paris ? Oui, selon chiffres que nous avons. Selon l’Etat, la transition écologique serait porteuse de 100 000 emplois entre 2015 et 2020. Pour l’ADEME 5 000 emplois nets en Ile-de-France sur les nouvelles filières concernées par l’économie circulaire.

L’histoire de Paris est l’œuvre des ouvriers, son avenir ne se fera pas sans les ouvriers.

Publié le

5 octobre 2015

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