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Préservons la vitalité commerciale parisienne

Nicolas Bonnet Oulaldj rappelle le combat du groupe PCF-FG pour la défense des petits commerces parisiens face aux stratégies agressives des groupe de la grande distribution, et à l’augmentation du prix de l’immobilier conséquence de la spéculation.
Dans ce contexte, nous demandons à la ville de saisir l’autorité de la concurrence pour avis sur ces stratégies des grandes enseignes et leurs conséquences sur le commerce de proximité.

Retrouvez l’intervention et le voeu

Monsieur le Maire, mes chers collègues,

L’oncle Boudule avait dit : "le petit commerce des rues voisines recevait encore un coup terrible. Chaque fois que le Bonheur des dames créait des rayons nouveaux, c’étaient de nouveaux écroulements chez les boutiquiers des alentours. Le désastre s’élargissait, on entendait craquer les plus vieilles maisons". Nous sommes en 1883, l’éruption des grands magasins, innovation du second empire, menace les boutiquiers de Paris.

Près de 150 ans plus tard, la question de la défense du petit commerce se pose avec toujours autant d’acuité dans la capitale. Les petits commerçants de Zola menacés par le Bon Marché, M. Boudu et son magasin de tissu, les Baies dorées et leur bonneterie, le père Bourrasse et ses parapluies aux manches sculptés à la main sont aujourd’hui nos commerçants de quartier, libraires, fleuristes, artisans, épiciers.

Ce sont celles et ceux que nous croisons le matin en allant travailler, celles et ceux à qui nous faisons confiance pour nous apporter leurs conseils avisés, celles et ceux qui nous proposent un service de qualité, celles et ceux qui nous dépannent quand nous en avons besoin, celles et ceux qui nous offrent un sourire lorsque nous les croisons, celles et ceux qui créent du lien dans nos quartiers. Ils ont le visage de Paris, ils sont les héritiers de la tradition artisanale de la production parisienne.

Pourtant, les commerçants parisiens sont actuellement menacés. Le Bon Marché d’Emile Zola a aujourd’hui les traits des grandes enseignes que sont Casino, Leclerc, Carrefour, et Ikea. Depuis quelques semaines, ces derniers multiplient les stratégies agressives pour asseoir leur position dominante dans la capitale.

Une nouvelle guerre commerciale semble s’être engagée en particulier dans le secteur du commerce alimentaire. Le nombre des chaînes de supérettes a explosé dans la capitale, plus de 100 % en 10 ans. Elles cherchent à renforcer leur position dominante dans un marché où le nombre d’acteurs est limité.

En raison des forts coûts d’entrée, coûts du foncier, de la logistique, seules ces chaînes de la grande distribution peuvent s’installer. Pour se développer, elles proposent de nouveaux services afin de prendre l’avantage sur tous leurs concurrents. Cette manœuvre a commencé il y a quelque temps avec la velléité d’extension du travail du dimanche et des horaires d’ouverture. Ainsi, Franprix propose d’ouvrir 24 heures sur 24, repoussant encore plus loin les logiques de la société de l’hyperconsommation. Toutefois, a-t-on réellement besoin de se procurer des yaourts de l’industrie agroalimentaire ou des barres chocolatées à 3 heures du matin ?

Alors que notre Conseil se propose d’adopter une stratégie pour l’alimentation durable, il est clair que cette offensive de la grande distribution va à l’encontre de nos objectifs de vente de proximité de produits locaux et durables. Comment les commerçants qui font le choix de la qualité, des circuits courts et locaux pourront-ils résister au rouleau compresseur de la grande distribution ?

Monoprix, Franprix, Carrefour City, Auchan bénéficient d’économies d’échelle et peuvent se tailler la part du lion, sans compter leurs politiques salariales et de gestion du personnel qui tendent à tirer les salaires vers le bas pour diminuer les prix et augmenter les profits. Les récents conflits sociaux le démontrent. Les caissiers et caissières des hypermarchés n’ont rien à envier aux vendeuses du Bonheur des Dames.

Le développement de l’économie numérique et du e-commerce, couplé à de nouveaux modes de livraison, représente aussi une menace pour le tissu commercial parisien. Les grands Groupes qui peuvent s’offrir une plateforme Internet et un service de livraison disposent d’un avantage concurrentiel sur les commerces de proximité.

Pourtant, la livraison expresse comporte des externalités négatives en matière environnementale et en termes d’encombrement de la circulation des rues. Elle pose aussi la question des conditions d’emploi des livreurs qui sont trop souvent dans la précarité. Cela va à l’encontre des objectifs sociaux et environnementaux que nous poursuivons.

Aussi, cette délibération est particulièrement importante. En collectant des données sur le commerce, l’Agence parisienne pour l’urbanisme nous permet de mettre en place des politiques publiques à même de développer le tissu commercial parisien. Nous l’avons déjà fait avec des programmes comme Vital’Quartier 1 et 2 qui ont permis de lutter contre la mono-activité. Je pense à l’exemple du quartier Mongallet que je connais bien dans le 12e arrondissement.

La lutte contre la vacance des locaux commerciaux, le GIE Paris commerces, mais aussi l’action dynamique de la SEMAEST sont autant d’exemples d’une politique publique ambitieuse pour nos commerces.

Il s’agit de créer du lien dans nos quartiers, de permettre aux Parisiennes et aux Parisiens de faire des choix de consommation responsables et éthiques, de construire un Paris où toutes et tous peuvent vivre et travailler.

Je vous remercie.

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Publié le

4 mai 2018

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