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Question d’Actualité

Question d’Actualité posée par Ian Brossat au Préfet de Police de Paris

Monsieur le Préfet,

J’aimerais comprendre.

J’aimerais comprendre pourquoi, mercredi 18 février prochain, Lounis Ibadioune, militant communiste du 18ème, est convoqué au tribunal de proximité de la rue de Cambrai.

Je vous rappelle les faits qui lui sont reprochés d’un mot : en février 2007, à quelques mois de l’élection présidentielle, alors qu’il vend l’Humanité Dimanche sur le Marché Dejean, dans le quartier Château Rouge, 4 policiers l’interpellent et le verbalisent. A la clé, une amende de 172 euros pour « vente de marchandises dans un lieu public sans autorisation ». Voilà vingt ans qu’il vend L’Humanité dans ce quartier, et voilà qu’il découvre que c’est un délit.

J’aimerais comprendre, Monsieur le Préfet, ce qui fait d’un vendeur de L’Humanité, un délinquant. A moins que les opinions et le travail des journalistes de l’Humanité soient désormais considérés comme un délit, bien sûr.

J’aimerais comprendre, Monsieur le Préfet, parce que je croyais qu’en France, dans le cadre de la loi Bichet de 1947, « toute entreprise de presse était libre d’assurer elle-même la distribution de ses propres journaux et publications périodiques par les moyens qu’elle juge les plus convenables à cet effet ». Je pensais que la presse était même considérée comme le signe et le symbole d’une certaine liberté, d’une certaine démocratie.

J’aimerais comprendre, Monsieur le Préfet, le processus qui peut conduire à considérer qu’un militant politique qui participe à la vitalité démocratique de notre ville puisse être assimilé à un vendeur à la sauvette. Monsieur le Préfet, ces hommes et ces femmes-là, qui ne tirent aucun bénéfice personnel de leur activité militante font honneur à notre ville et à notre pays.

Monsieur le Préfet, permettez-moi de vous le dire aussi à cette occasion : si l’on veut vraiment s’attaquer à la vente à la sauvette dans ce coin-là de notre ville, à Château Rouge, à la Goutte d’Or, il y a un très gros travail à mener et la cible qui a été trouvée ce dimanche matin de février 2007 n’est vraiment pas la bonne !

Alors, oui, Monsieur le préfet, j’aimerais comprendre.

J’aimerais d’autant plus comprendre, Monsieur le Préfet, qu’en ce moment, le temps est à l’orage pour les libertés publiques. Le ciel s’assombrit et cela ne nous dit rien qui vaille. On matraque les manifestants de la rue de la Banque, on condamne ceux de la Halle Saint-Pierre pour entrave à la liberté de commerce, on sanctionne financièrement le DAL, on condamne un militant de RESF pour outrage... La liste est longue, malheureusement.

J’aimerais comprendre, Monsieur le Préfet, parce que j’ai peur de comprendre.

Le Préfet de Police reconnaît publiquement un « excès de zèle » et s’engage à ce que les vendeurs de l’Humanité Dimanche ne soient plus verbalisés.

Publié le

4 février 2009