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Raphaelle Primet rend hommage à Can Dundar, journaliste turc menacé par le régime de Erdogan

Madame la Maire,
Mes cher-es collègues,

Au nom du groupe communiste front de gauche, je tiens à faire part de notre grande joie et notre grande fierté que le conseil de Paris vous attribue Monsieur Dundar, la citoyenneté d’honneur de notre ville.

Dans la tradition de ville des lumières et de ville soucieuse des libertés dans le monde, il était évident que cette distinction vous revienne.

Depuis plusieurs années le Président de votre pays mène une répression sanglante à l’égard du peuple Kurde et du peuple Turc.

Après avoir tenté d’imposer par les urnes des modifications constitutionnelles qui vont toutes dans le sens de la confiscation du pouvoir par lui seul , Prenant prétexte du coup d’état avorté, Erdogan pratique une véritable purge dans les rangs des fonctionnaires mais aussi dans la presse libre de la Turquie.

Votre quotidien après des pressions incessantes, des procès à répétition est comme d’autres victimes de la volonté du président Erdogan de faire taire toute critique et toute opposition.

Accusant les uns de complot, les autres de terrorisme, tous les arguments sont bons pour que recule en Turquie la démocratie et les libertés dont la liberté de la presse.

Vous comprendrez Monsieur Dundar que nous souhaitons associer à l’hommage qui vous est rendu aujourd’hui toutes les victimes de la répression politique qui s’abat sur votre pays.

Après vous, ce sont vos successeurs à la tête du quotidien Cumhuryet qui sont inquiétés par le régime : arrestations, emprisonnements arbitraires voilà la réalité pour les combattants de la liberté dont vous faites partie.

Votre journal a une réputation d’honnêteté et d’intégrité. Il a abordé tous les sujets qui traversent la réalité turque : le génocide arménien, la question kurde, la laïcité, le double jeu du président Erdogan dans ses relations avec DAECH, les « affaires » la corruption etc.

Il est un pilier de la presse démocratique turque et son audience dépasse largement son seul tirage.

Il y a quatre jours ce sont des parlementaires qui ont été victime du régime oppressif du Président Erdogan.

Au moins onze députés du Parti démocratique des peuples, dont les deux co-présidents du HDP qui rassemble des militants kurdes et de gauche, Selahattin Demirtas et Figen Yüksekda , ont en effet été placés en garde à vue simultanément à une perquisition du siège du parti.
Le secrétaire national du parti communiste , Pierre Laurent avait d’ailleurs pris l’initiative, le mois dernier , de parrainer Selahattin Demirtas pour le protéger

Cette vaste « opération anti-terroriste » comme le soutient le régime en place, poursuit le glissement de la Turquie vers un État dictatorial, après la levée arbitraire et sans fondement de l’immunité parlementaire de cinquante des cinquante-neuf députés du HDP en mai dernier, l’organisation d’une purge suite à la tentative de coup d’Etat du 15 juillet et la fermeture administrative de 160 médias turcs. En tout, ce contre-coup d’Etat institutionnel a conduit à l’arrestation de 80 000 personnes et la suspension de 110 000 fonctionnaires.

Malheureusement Paris n’est pas la France Monsieur Dundar , qui, comme l’Union Européenne /reste par trop silencieuse face à ces attaques inadmissibles contre la liberté et la démocratie.

Les accords honteux de l’Union européenne avec la Turquie amènent les européens à se taire alors qu’ils devraient être du côté du droit et de la liberté, sans faillir.

Nous le savons c’est à l’aune du traitement de la presse et des journalistes que l’on peut juger d’un état démocratique. La Turquie sombre dans les tréfonds du classement que l’association « Reporters sans frontières » fait annuellement.

Notre citoyenneté d’honneur n’est pas une protection contre le terrorisme d’état, mais elle montre au monde que Paris ne laissera pas piétiner les droits de l’homme ni en Turquie ni ailleurs.

En conclusion je vous invite à méditer cette phrase de Nazim Hikhmet le grand poète turc : « Être captif, là n’est pas la question. Il s’agit de ne pas se rendre. Voilà »

Puisse cette phrase vous accompagner dans vos combats actuels et futurs pour une Turquie démocratique et libre.

Toutes nos félicitations Monsieur Dundar.

Publié le

8 novembre 2016

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