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Réaction sur la proposition de loi contre le système prostitutionnel

La majorité au Sénat a détourné l’esprit de la proposition de loi de lutte contre le système prostitutionnel au mépris de la réalité sur le terrain.

Le Sénat débat actuellement de la proposition de loi de lutte contre le système prostitutionnel.

Au cours de la soirée d’hier, les sénateurs ont rétabli le délit de racolage passif. Ils ont également supprimé la pénalisation des clients de prostituées que le texte prévoyait de sanctionner par une amende de 1 500 euros. La version de cette proposition a été adoptée par 165 sénateurs contre 44.

Ces modifications mettent en danger les victimes de la prostitution.
En l’état, ces Sénateurs défendent des positions idéologiques, considérant les victimes de la prostitution comme coupables du phénomène et dédouanant les clients de toute responsabilité.

La criminalisation des personnes prostituées ne fait que renforcer leur stigmatisation, leur précarité, et accroît l’emprise des proxénètes. Le rétablissement du délit de racolage passif ne fait que repousser et déplacer le phénomène de prostitution.

Je tiens à m’insurger contre ces dispositions qui vont rendre plus difficile le travail des associations agissant pour la réinsertion des victimes de la prostitution, et plus complexe la lutte menée par la police et la justice contre les réseaux mafieux de proxénétisme. C’est une décision irresponsable qui témoigne de machisme et d’une méconnaissance de la situation.

C’est au contraire un renforcement de la collaboration entre la justice, la police, les services sociaux et de réinsertion auquel il faut procéder. De son côté, la Ville de Paris impulse la « coordination Prostitution parisienne » en fonctionnement depuis 2010 et permettant la coordination des institutions et des associations.

J’ai notamment attiré l’attention des pouvoirs publics sur le développement du proxénétisme, sous couverture de certains salons de massage, sur internet, masquant mal la poussée de nouveaux réseaux de traite d’êtres humains.

La tribune des médecins publiée le 28 mars ainsi que le procès Carlton montrent une nouvelle fois que la prostitution est une violence faite aux femmes. La pénalisation du client permettra de raréfier la demande, donc d’asphyxier les réseaux de proxénétisme et de traite des êtres humains.

Je me suis entretenue avec Pascale Boistard, secrétaire d’État en charge des droits des femmes, et suis assurée de sa force de conviction pour le travail à venir avec les député-e-s qui devront examiner à nouveau cette proposition de loi.

Avec l’ensemble des associations féministes, je serai vigilante aux votes futurs des parlementaires. Je les appelle au plus grand pragmatisme pour rétablir la pénalisation du client, supprimer le délit de racolage passif et retrouver l’esprit initial de la proposition de loi, porté par les amendements de ma camarade sénatrice communiste Laurence Cohen.

En partenariat avec les associations et les institutions, je reste mobilisée et optimiste pour en finir avec la traite des êtres humains et le système prostitutionnel.