Rechercher sur le site

Rentrée scolaire : mixité sociale et scolaire, un enjeu primordial

Jean-Noël Aqua explique que si la rentrée scolaire s’est déroulée dans un bon climat à Paris, la question de l’égalité devant le service public d’éducation sur le territoire national reste cruciale : rythmes scolaires, mixité sociale et scolaire, annonces gouvernementales préoccupantes...

Retrouvez son intervention

Des milliers d’enfants et adolescents parisiens ont repris le chemin de l’école il y a moins d’un mois. La rentrée scolaire à Paris s’est déroulée dans un climat apaisé, grâce notamment à l’engagement de notre majorité aux cotés des personnels intervenant dans les établissements scolaires.

Votre communication témoigne du travail effectué pour l’amélioration du service public d’éducation. La mise en œuvre du Projet éducatif et territorial 2016-2019 a permis une meilleure collaboration entre la Ville et les établissements scolaires. Il faut poursuivre ce travail.

Nous voyons d’un bon œil le dispositif « tous mobilisés pour les écoles et les collèges prioritaires ». Il faut prolonger les programmes permettant de lutter contre le décrochage scolaire comme « Actions collégiens ». Nous restons par ailleurs attentifs au développement du dispositif multi-collège qui doit néanmoins se faire avec des temps de concertation suffisants et de réels moyens pour garantir réellement la mixité sociale et scolaire.

La mixité sociale et scolaire reste un enjeu primordial sur le territoire parisien. Nous avions déposé un vœu en faveur de la création d’un observatoire de la mixité sociale et scolaire l’an passé. Où en est-on de ce travail ? Nous voulons qu’il soit mis en œuvre rapidement pour avoir les outils concrets permettant d’analyser et de combattre les inégalités.

L’égalité devant l’éducation est un droit. Or ce droit est loin d’être respecté à Paris où plus d’un tiers des parents d’élèves choisissent l’enseignement privé. C’est bien souvent une stratégie de contournement de ceux qui ne veulent pas mêler leurs enfants à ceux des classes populaires. Mais les établissements privés sont financés en grande partie par des fonds publics alors qu’ils contribuent à accroitre les inégalités. Il est nécessaire pour nous de donner à la Ville une meilleure visibilité de ces inégalités via l’observatoire. Garantir aux jeunes Parisiens la mixité sociale et scolaire est une pierre importante de la construction d’une société juste et tolérante.

Évidemment, une ville ne peut pas tout régler à son échelle. Les premiers pas du gouvernement Macron en matière scolaire sont inquiétants à bien des égards. Le gouvernement a imposé des décisions sans prendre le temps de la réflexion et de la concertation.

La première concerne les classes de CP limitées à 12 élèves dans les zones d’éducation prioritaire renforcées, les REP +. Évidemment, la baisse des effectifs est nécessaire pour améliorer les conditions d’apprentissage et lutter contre l’échec scolaire. C’est une revendication que nous portons depuis longtemps. On peut néanmoins s’interroger sur la pertinence de l’arbitrage opéré ici : pourquoi se limiter aux classes de CP en REP + ? On compte en moyenne 24 élèves par classe dans notre pays, un nombre supérieur à la moyenne européenne qui n’est que de 20 élèves par classe. Une politique réellement ambitieuse s’attaquerait à l’ensemble des classes.

Mais ce n’est pas l’esprit du gouvernement qui reste embourbé dans les logiques austéritaires. Le dispositif des CP à 12 élèves a été instauré sans déploiement de moyens supplémentaires. Il se déploie donc au détriment des brigades de remplacement, mais aussi de l’ambitieux dispositif « plus de maîtres que de classes ». Nous le savons, à Paris, certains enseignants qui y étaient affectés ont été redéployés sur des classes de CP dédoublées. C’est déplorable car ce dispositif apporte des solutions innovantes pour la réussite de tous les élèves.

La question des rythmes scolaires s’invite aussi dans le débat. Le gouvernement a choisi de laisser à la libre appréciation des communes l’organisation de la semaine sur 4 ou 5 demi-journées.

Nous avons déjà longuement débattu de ce sujet. Les écoles sont passées à 5 demi-journées de classe avec des succès divers selon les établissements. Les conclusions de la MIE sur le périscolaire montrent qu’il y a beaucoup d’améliorations dans la mise en œuvre de l’aménagement des rythmes éducatifs. C’est grâce au travail collaboratif des enseignants, des personnels de la Ville et des parents d’élèves. La volonté de la Ville d’assurer un service périscolaire de qualité, avec des intervenants qualifiés et formés, est manifeste.

Malgré ces efforts, la situation n’est pas satisfaisante. Enseignants et parents pointent du doigt la difficulté d’organisation liée à l’arythmie de la semaine des écoliers. Il n’y a pas deux jours consécutifs avec le même volume horaire de classe. Les conditions d’apprentissage des élèves n’ont pas été améliorées avec l’instauration d’une semaine au rythme décousu.

Cela génère même des confusions chez les élèves, souvent au détriment des apprentissages scolaires, qui ne sont plus au cœur de la journée de l’enfant, mais qui deviennent un temps parmi d’autres.

Par ailleurs, 43 % des communes en France ont choisi de revenir à un temps scolaire sur 4 demi-journées dès cette rentrée. Il semble que certaines communes ont fait ce choix uniquement pour des raisons financières.

Je rappelle donc avec force que l’école de la République doit offrir à tous les enfants scolarisés sur son territoire des conditions égales d’apprentissage. Pour cette raison nous demandons que la question des rythmes scolaires soit revue dans un cadre national, et qu’elle ne soit pas laissée au libre choix des communes créant de fait des inégalités entre les territoires. Il est nécessaire de retrouver une cohérence à l’échelle nationale pour permettre de meilleures conditions d’apprentissage pour les élèves / et de travail pour tous les personnels, dans toutes les écoles de France.

On retrouve aussi la question des inégalités territoriales en matière scolaire dans le second degré avec l’assouplissement de la réforme du collège. Cet assouplissement a permis aux enseignants de retrouver une liberté pédagogique plus grande. Néanmoins, il accentue la concurrence entre les établissements : les collèges peuvent pratiquer des politiques d’établissement et proposer des formations différentes. On entre encore une fois dans une logique inquiétante qui crée des inégalités mettant à mal le service public .

Ce n’est pas tout. Beaucoup de réformes annoncées sont très préoccupantes pour l’avenir de nos écoles : la suppression massive de contrats aidés et son impact probable sur les AVS ; la baisse du nombre de fonctionnaires ; la stagnation de leurs rémunérations avec le gel du point d’indice ; et le désintérêt croissant de la profession par les jeunes diplômés ; les difficultés rencontrées par les bacheliers aux prises avec l’algorithme kafkaïen d’APB… Ce sont un autant de signaux illustrant le manque de moyens et de considération du gouvernement pour l’éducation de nos enfants.

La logique du gouvernement d’Édouard Philippe est celle d’un affichage médiatique de mesures. Mais derrière cet affichage, on retrouve l’austérité, qui va à rebours de la politique éducative ambitieuse dont nous avons besoin.

Plus que jamais, un plan d’urgence pour l’école est indispensable. Il s’agit d’être à la hauteur du défi de la société de la connaissance, du défi d’une société juste et tolérante pour tous. Il faut reconstruire une éducation nationale, basée sur le service public, qui porte haut l’exigence de savoirs communs de grande qualité. Il ne s’agit rien de moins que de donner les moyens au futur-es citoyens et citoyennes d’être acteurs et actrices de leurs vies.
Mégoter sur l’éducation, c’est mégoter sur l’avenir de la jeunesse. Le gouvernement préfère baisser l’impôt sur la fortune ou les cotisations patronales plutôt que d’investir dans l’éducation. Ce n’est pas notre esprit sur Paris. Mais se battre pour une éducation de qualité pour toutes et tous, c’est se battre pour le service public national. Car le service public national est le meilleur garant de l’égalité réelle, condition incontournable de la liberté de tous.

Publié le

9 octobre 2017

Auteur-e-s