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Rompre avec les logiques capitalistes pour relever les enjeux de développement durable

Jean Noël Aqua s’appuie sur le rapport développement durable du débat d’orientation budgétaire pour rappeler qu’agir pour l’environnement implique une action contre l’origine du problème : le capitalisme. Réinventer le système de production et de consommation, développer l’économie circulaire et la production locale.

Retrouvez son intervention.

Madame la Maire, mes chers collègues.

J’interviens ici sur rapport développement durable avec un angle tel que la trajectoire de mon intervention recoupera ce débat budgétaire.

« La production capitaliste ne développe (..) la technique (...) qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur. »

Comment mieux résumer les deux faces du même problème qu’est le capitalisme ?

Malheureusement, le présent vient encore confirmer cette citation de Marx. L’actualité est brulante. Aux Etats-Unis, la chambre des représentants a révélé récemment qu’Exxon Mobile avait parfaitement conscience du réchauffement climatique ... en 1977 ! Ils avaient parfaitement prédit le franchissement récent des 400 ppm de CO2 et le +1°. Et qu’ont-ils fait ? Du lobbying pour continuer à polluer et engranger les bénéfices. Business must go on. Et le réchauffement s’accélère, les courbes dépassant malheureusement les prévisions du GIEC.

Agir pour l’environnement nécessite donc d’agir contre l’origine du problème : le capitalisme.

C’est vrai que le président, le gouvernement, des députés, des candidats à la mairie de Paris prétendent dissoudre les problèmes environnement dans un capitalisme vert. Mais les scientifiques le savent. C’est du charlatanisme. Parfois cool. Mais du charlatanisme quand même. Les solutions ne sont ni dans le capitalisme vert, ni dans une écologie punitive. Notre majorité l’a bien compris et mis en œuvre. Seule une écologie sociale et populaire peut être à la hauteur des enjeux.

Loin des enfumages médiatiques, le rapport développement durable montre donc bien qu’à Paris, notre majorité de gauche met des actes en face des enjeux sociaux et écologiques.

Le rapport compile un éventail de politiques publiques, allant de la lutte contre le réchauffement climatique à la cohésion sociale, de la préservation de la biodiversité à la consommation responsable.

De fait, les politiques de développement durable ne sont pas localisées et sectorisées. Elles concernent tous les domaines. C’est une vision globale qui permettra de rendre nos sociétés plus durables. C’est une vision globale qui permettra de réduire les inégalités. Car ce sont bien les inégalités sont indissociablement liées à la surexploitation des ressources naturelles, mais aussi des hommes et des femmes.

Ce rapport « développement durable » montre comment seule une majorité de gauche peut travailler à un changement de système, changement tant écologique que social.

Les exemples sont nombreux, et je ne reviendrai pas sur chacun d’entre eux. Mais puisqu’il s’agit d’intervenir dans le cadre du débat d’orientation budgétaire, je voudrais porter l’attention sur la question du financement des investissements.

Le Haut Conseil pour le climat, mis en place par E. Macron lui-même, a tiré la sonnette d’alarme : le déficit d’investissements publics et privés atteint près de 40 milliards d’euros en 2018, dans les secteurs clés des transports, du bâtiment et de la production d’énergie. Pourtant, les investissements qui entretiennent l’utilisation des énergies fossiles en France ont atteint 75 milliards d’euros en 2017 ! C’est sûrement la politique du « en même temps » développée par le Gouvernement.

Sur Paris, comme l’a exposé mon collègue Nicolas Bonnet, le contexte d’austérité pèse lourdement. La contractualisation et l’ensemble des mesures qui limitent notre action publique viennent entraver notre marge de manœuvre pour la transition écologique. Nous proposons d’ailleurs de desserrer l’étau dans un vœu rattaché, visant (i) à augmenter la taxe sur les stationnements des bureaux et centres commerciaux, (ii) la création d’une taxe additionnelle sur les droits de mutation et (iii) l’engagement de l’État à dégager 400 millions pour les transports collectifs en Ile-de-France. Mais l’austérité pèse toujours.

Alors pour financer l’action publique et un bon nombre des mesures de notre plan climat, Paris s’est dotée d’un fonds vert, rassemblant des investissements majoritairement privés. Nous regrettons amèrement de devoir passer par ce type de financement, soutenu par des logiques financières court-termistes. Logique incompatible avec les enjeux écologiques qui exigent une planification de long-terme et des arbitrages de rentabilité non-exclusivement économique, mais surtout sociale et écologique.

Malheureusement, la contrainte financière nous pousse à aller chercher ce type de financement, non seulement de court-termes, mais permettant à de nombreuses entreprises de se racheter une image écologique, loin de la réalité de leur action.

C’est le cas aussi de la déclinaison de la Charte Paris Action Climat qui permet à des entreprises de s’offrir une image verte à peu de frais. Regardons, la liste des signataires.

On y trouve Air France, alors que le secteur qui a l’empreinte carbone la plus importante sur notre territoire est le transport aérien.

On y trouve Nespresso – inventeur de la capsule de café, dont la production annuelle de capsule mises bout à bout permet de faire 10 fois le tour de la terre.

On y trouve coca-cola – classé au premier rang des pollueurs avec sa production de contenants plastiques.

On y trouve aussi le Groupe Casino, Franprix ou Monoprix, qui rivalisent d’inventivité pour ouvrir toujours plus longtemps, pour livrer toujours plus rapidement, et au final pousser à consommer toujours davantage.

Et last but not least, on y trouve LVMH, toujours en quête d’une jolie décoration à afficher pour cacher ses pratiques fiscales délinquantes.

Nous comprenons l’intention de notre collectivité avec cette charte Paris Action Climat. Mais nous pensons que cette action ne peut pas impliquer les entreprises qui creusent les problèmes sociaux et environnementaux.

Beaucoup d’actions du rapport développement durable montrent un chemin qui permettrait de réinventer le système de production et de consommation. Je pense notamment au développement de l’économie circulaire, qui met au cœur des enjeux la question de la production locale. Je pense aussi au Fabriqué à Paris, des liens entre la Ville et la campagne ou encore la démocratie au travail avec l’essor des coopératives.

C’est pour moi ces nouvelles lignes de force qui pourront fabriquer le Paris demain. Un Paris écologique et social, un Paris où toutes et tous peuvent vivre et travailler.

Je vous remercie.

Publié le

15 novembre 2019

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