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Tour Eiffel : la paix plutôt que les murs

Nicolas Bonnet Oulaldj a rappelé que ce n’est pas en construisant des murs que l’on construit la paix. Nous avons obtenu que le système de sécurisation de la Tour Eiffel soit temporaire et réversible.
Enfin, il a demandé à ce qu’un appel à projet soit lancé sur le thème "un mur éphémère pour la paix"

Retrouvez son intervention

Mes chers collègues,

Pour la première fois, le plus célèbre de nos bâtiments publics va être entouré d’une protection, fut-elle de verre sécurité et transparente.

J’attire votre attention sur ce moment historique et cette délibération qui doit être pris à la hauteur de l’histoire de la Tour Eiffel et des moments historiques que la Tour Eiffel a traversés sur de nombreuses années.

Bien sûr, les attentats se multiplient, les extrémistes religieux ont fait de nos symboles, de nos valeurs et de notre mode de vie une cible permanente. La Tour Eiffel est un symbole, c’est une cible privilégiée des terroristes et nous devons donc nous protéger, protéger les touristes et le personnel qui y travaille. C’est notre responsabilité.
Mais on voit bien qu’après 18 mois d’état d’urgence, une activation maximum du plan Vigipirate, l’opération Sentinelle, l’empilement des lois de sécurité et la lutte contre le terrorisme, que tous ces dispositifs ne nous prémunissent que partiellement contre les attentats et leurs auteurs.

Alors ce n’est pas en construisant un mur de plus que l’on construira la paix. Reste pour nous deux combats essentiels face au terrorisme. Il reste d’abord à lutter efficacement contre le trafic d’armes et renforcer le renseignement. Tout ceci demande des moyens humains et techniques importants. Notre combat contre le fanatisme religieux passe aussi par l’éducation, la prévention. Pourquoi de jeunes Français se détournent de la promesse républicaine ? Ces phénomènes d’isolement, de déshumanisation, propices à un endoctrinement, touchent de nombreux jeunes Français. A ces questions, l’ordre public seul ne suffit pas.

C’est la question du sens et du projet de société pour la jeunesse que nous devons interroger. Comme l’écrivait Patrick CHAMOISEAU au lendemain du 13 novembre 2015 : "La sécurité absolue n’existe que dans les fictions totalitaires, le déshumain glacial, jamais dans les démocraties, jamais dans les chaudes aventures d’amour comme principe de l’acceptation de l’autre, comme ferveur du partage et de l’échange qui nous chante et qui nous réalise. Notre sécurité n’est pas une forteresse".
Alors, la question qui continue de nous hanter est la question de la liberté. A quelle part de liberté sommes-nous capables de renoncer pour garantir notre sécurité et, surtout, pour quelle efficacité ? Nous ne sommes pas de cette France qui, à chaque fois qu’elle a eu trop peur, a pris des chemins hasardeux et a mis à mal nos libertés. Alors, oui, je crois à la culture et je ferai mienne la phrase du psychanalyste Roland GORI qui, dans son ouvrage "Un monde sans esprit : la fabrique des terroristes", nous dit : "L’art peut assumer sa part dans la lutte contre les fanatismes qui se réclament du religieux.

Nous devons tenir les deux bouts de la réflexion : la nécessaire sécurité, mais aussi la défense de notre modèle républicain qui s’appuie sur l’éducation, la prévention et la culture. Sans cela, ce serait quelque part la victoire de ceux qui nous attaquent, de ceux qui souhaitent que nous nous installions en permanence dans cette peur qui tue la réflexion".

Alors, quel message allons-nous adresser au monde entier avec la Tour Eiffel ? Le message que le groupe Communiste vous propose à travers cet amendement, c’est de construire un mur éphémère de la paix face au terrorisme. Parce que cette protection doit rester une exception, je vous propose un amendement dans lequel nous demandons :

Premièrement, que le parvis reste accessible aux promeneurs et donc, gratuit et libre d’accès. Il conviendra que le public soit informé de ce principe de libre accès et de gratuité.

Deuxièmement, il faut que ce dispositif soit réversible. Nous ne pouvons envisager de nous installer définitivement dans une société de la peur, sinon nous aurons bien du mal à résister aux pressions pour protéger d’autres lieux touristiques à Paris. D’ailleurs, je dirai à Ann-Katrin JÉGO que, si nous sommes au pouvoir, oui, nous enlèverons ce mur pour construire la paix, comme nous avons enlevé des barricades quand nous avons fait face à la Révolution et à la libération de Paris.

Troisièmement, nous pensons que la connaissance de l’histoire de la tour, ses liens avec les révolutions françaises et son apport à la science et aux techniques est très important, comme il nous paraît important qu’un appel à projets culturels sur le thème d’un mur éphémère pour la paix soit organisé.

Il est essentiel que le monde comprenne les raisons de cette protection temporaire et qu’il sache que notre pays ne souhaite pas capituler devant ceux qui ont décidé d’abattre le socle pour lequel il s’est construit depuis la Révolution française. C’est le serment que nous avons fait au côté de la Maire de Paris le lendemain des attentats de Charlie, de l’Hypercacher, du Bataclan.

Je cite la Maire et je finis sur cette citation : "Nous restons debout et nous resterons nous-mêmes. Nous continuerons à assumer à la face du monde notre identité collective de Parisien, c’est-à-dire l’identité de citoyens attachés pour eux-mêmes, comme pour l’humanité entière, à la liberté, à l’égalité, à la fraternité, attachés à notre singularité dans le monde autant qu’à notre ouverture sur le monde, attachés, enfin, à notre art de vivre passionnément en paix".

Je vous remercie.

Publié le

2 avril 2017

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