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Smart santé : non à la téléconsultation

Le groupe UDI MODEM propose à la Ville de Paris de financer des projets de
« smart-santé » comme la téléconsultation médicale. Les nouvelles technologies permettraient de faire plus avec toujours moins de moyens. A l’heure du démantèlement des hôpitaux parisien et de la remise en cause des 35 heures pour les personnels, les élu-es PCF/FDG pensent qu’il faut avant tout renforcer l’offre de soins publique existantes et ont donc voté contre ce projet de délibération.

Retrouvez l’intervention d’Hervé Bégué

Madame la Maire, mes chers collègues,

Le groupe communiste-Front de Gauche votera contre cette proposition de délibération du groupe UDI-MODEM.

Pourtant nous partageons le constat qui est tiré par la délibération. La désertification médicale en termes d’offre de soins de secteur 1 est un problème extrêmement préoccupant. Cette offre, remboursée à 100% par la sécurité sociale, permet aux parisiens les plus fragiles d’accéder aux soins, souvent c’est même leur seul et unique de se faire soigner convenablement.

Cependant, nous aurions rajouté quelques lignes à ce constat accablant. Nous aurions parlé des réductions budgétaires qui touchent de plein fouet les hôpitaux, nous aurions parlé du désengagement de l’Etat en matière d’investissement pour l’hôpital public, ce qui pousse l’APHP à démanteler les établissements existants pour vendre son patrimoine au plus offrant.

Et c’est justement l’absence de ces quelques lignes qui a aiguillée notre position défavorable : bien que cette proposition de délibération ne fasse état d’aucun engagement budgétaire, nous connaissons tous les contraintes qui pèsent actuellement sur les budgets de l’offre de soins publique, que cette offre dépende de la Ville ou de l’Etat. Par conséquent, nous craignons que la mise en œuvre de ces projets se fasse au détriment d’actions existantes, du financement de nos centres de santé départementaux ou de nos laboratoires d’analyse. Cela, nous ne pouvons pas l’accepter.

D’autant que la délibération nourrit une idée que l’on retrouve sur plusieurs sujets, le phantasme selon lequel le numérique serait la solution miracle à tout problème. Avec le numérique nous pourrions faire plus avec moins. Mais cela revient à camoufler les disparités bien réelles qui sont au cœur même des difficultés d’accès à l’offre de soins.

Car en effet comment feront les personnes les plus précaires, celles qui n’ont pas les moyens de s’équiper ? De régler chaque mois les abonnements internet et 4G ? Celles qui ne disposent pas des compétences pour utiliser les outils numériques ?
De la même manière, est ce que le numérique fera augmenter le nombre de médecin qui officient en secteur 1 ? Est-ce qu’il va contribuer à relever les plafonds du numérus clausus pour qu’un nombre de médecins plus important puissent être formés ?

Nos réserves n’ont été que renforcées à la lecture d’un avis récent du conseil national de l’ordre des médecins qui a récemment saisi la Ministre de la santé au sujet de la plateforme de téléconsultation lancé par AXA, ce grand groupe d’assurance privé. Les réserves émises par l’ordre sur ce projet privé, qui n’est pas sans rappeler la proposition du groupe UDI-MODEM de développer des plateformes de téléconsultation à Paris, nous paraissent justes : développer la téléconsultation ouvre le risque de voir apparaitre un système de soins à deux vitesses, l’un pris en charge par l’assurance maladie, l’autre par les complémentaires payés par l’employeur. A ce souci qui relève de l’égalité de tous face à l’accès aux soins, s’ajoute le souci, plus pratique, du doublon qui pourrait ainsi apparaitre en venant se superposer à la mission de service public de la Permanence Des Soins Ambulatoires coordonnée par l’ARS.

Sur ce point, la délibération du groupe UDI MODEM ne précise pas quel serait le portage de telles plateformes et laisse donc la voie ouverte à une gestion privée de la téléconsultation.

Vous l’aurez compris, les réserves du groupe communistes sont diverses et portent sur plusieurs points. Mais cela ne doit pas occulter le fait que nous sommes bien conscient que le développement des outils numériques peut indéniablement améliorer notre système de santé. Mais cela ne peut se vérifier qu’à deux conditions qui sont pour nous primordiales :

- D’une part, il ne faut pas que ces projets de smart santé se développement au détriment des dépenses de santé publique existantes
- D’autre part, ces outils doit être développés et pilotés dans un cadre de service public qui préserve les données personnelles et poursuit une mission d’intérêt général.
C’est pour cet ensemble de raisons que le groupe communiste-Front de Gauche votera contre cette délibération.

Publié le

30 mai 2015

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