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Stratégie alimentaire : Paris solidaire avec les agriculteurs

Pendant longtemps, les villes se sont construites en tournant le dos aux campagnes. Mais aujourd’hui, l’urgence écologique nous oblige à retisser des liens entre les territoires urbains et ruraux. L’alimentation doit être au cœur de cette réflexion qui vise à relancer la production locale et développe des circuits court de distribution plus avantageux pour les producteurs et les consommateurs.

Retrouvez l’intervention de Fanny Gaillanne

Madame la Maire, mes chers collègues,

Je vais compléter les propos de Nicolas Bonnet qui parlait dans son intervention de l’impact des inégalités sociales sur l’accès une alimentation de qualité.

En tant qu’élues parisiennes, nous abordons d’abord le sujet de l’alimentation sous l’angle du consommateur. Est-ce que tous les parisiens ont les moyens de se nourrir ? Est-ce que tous les parisiens ont les moyens de bien manger ? Il est de notre responsabilité de nous poser ce genre de question. On ne peut pas se contenter d’applaudir la multiplication des magasins bio dans Paris. C’est d’autant plus vrai lorsque l’on connait la réalité des quartiers populaires.

Les habitants de ces quartiers ne sont pas toujours ravis de voir arriver des commerces bios. Déjà, ces magasins sont souvent beaucoup trop chers pour eux. En plus, ces habitants ressentent bien que l’arrivée d’un magasin bio traduit un certain embourgeoisement du quartier dans lequel ils craignent de ne plus trouver leur place. Voilà pourquoi c’est à nous, ville de Paris, de veiller à ce que ces commerces restent abordables.

Nous pouvons agir en ce sens, notamment en fixant des loyers raisonnables pour les locaux en rez-de-chaussée qui sont gérés par les bailleurs de la Ville.

Avec le groupe communiste, nous proposons aussi d’aider à la création de halles alimentaires dans les quartiers populaires pour répondre à l’enjeu économique, avec des prix modérés à la vente, et à l’enjeu plus éducatif, avec l’organisation d’ateliers cuisine et d’action de sensibilisation dans les écoles et les associations des quartiers.
La Ville intervient déjà en soutien d’initiatives qui se développent dans cet état d’esprit, je pense au supermarché coopératif de la Louve dans le 18e ou le restaurant le Freegan Pony que nous accueillons dans le 19e. Il faut poursuivre cet engagement et l’amplifier.

Ceci étant dit, nous pensons aussi qu’il est également important de sortir du simple prisme de la consommation et de s’intéresser à la production alimentaire et aux territoires ruraux. Pendant longtemps, la Ville s’est construite en tournant le dos à la campagne. Aujourd’hui, nous nous rendons compte que l’on ne peut parler d’alimentation ou de pollution en ville sans réfléchir à la manière dont notre alimentation est produite et transporté jusqu’à nous.

De la même manière, on ne peut pas se contenter de réclamer des produits de qualité à des prix plus abordables en ignorant la crise du monde agricole. Depuis des années, la grande distribution fait pression sur les producteurs pour réduire les coûts d’achat au maximum. D’ailleurs, les consommateurs n’en profitent pas pour autant. Il est important de le souligner car c’est avant tout pour augmenter leurs marges de profits que les grandes enseignes agissent de la sorte. Au final, certains agriculteurs travaillent à perte ou arrivent à peine à vivre de leur travail. La stratégie alimentaire que Paris élabore doit prendre en compte cette dimension du problème. Notre priorité est bien de répondre aux préoccupations des parisiens mais pour cela nous pensons qu’il faut aussi répondre aux préoccupations du monde agricole. La communication propose des pistes intéressantes, je pense notamment à l’action d’Eau de Paris qui, en aux abords des points de captage d’eau potable qui sont situés en dehors du territoire parisien, aide les agriculteurs à développer des cultures respectueuses de l’environnement. Nous pensons aussi que la Ville à un rôle à jouer à travers la restauration collective. La Ville doit être un acheteur responsable en instaurant des relations équitables avec les producteurs et notamment en achetant les produits consommés à un prix juste qui permette aux agriculteurs de couvrir leur frais et de gagner leur vie correctement.

Je terminerai mon intervention en revenant sur la dimension transport de cette stratégie alimentaire. Il faut être très attentif à travailler sur les produits locaux de saison. Cuisiner plus de bio dans les cantines en allant acheter des produits à des milliers de kilomètres de Paris n’aurait aucun sens sur le plan écologique.

Par ailleurs, nous sommes bien conscients que les productions du bassin parisien et de ses alentours ne permettent pas de couvrir l’ensemble de nos besoins alimentaires. Mais dans tous les cas, nous avons notre rôle à jouer. C’est tout l’intérêt de conserver la maitrise publique du MIN de Rungis et de développer l’intervention publique en matière de logistique urbaine propre. C’est ce qui est fait avec la SOGARIS, il faut poursuivre dans cette voie et amplifier les efforts pour répondre aux multiples enjeux de l’alimentation à Paris.

Je vous remercie.

Publié le

31 janvier 2017

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