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Une plaque à la mémoire des exécutions massives de la Commune de Paris

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A l’occasion du 140è anniversaire des exécutions massives de la Commune de Paris à la caserne Lobau, pendant la semaine sanglante de mai 1871, Catherine Vieu-Charier et la Mairie du 4ème arrondissement ont procédé, merdredi 25 mai 2011, à l’inauguration d’une plaque commémorative sur le mur de l’ancienne caserne Lobau.

Discours prononcé par Catherine Vieu Charier.

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Madame la Maire du 4ème arrondissement de Paris, chère Dominique,
Monsieur le Président du Groupe Communiste à l’Hôtel de Ville, cher Ian,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs les représentants des associations s’intéressant à la Commune de Paris,
Mesdames et messieurs représentant les organisations syndicales,
Mesdames et messieurs,

Nous sommes ici pour dévoiler une plaque qui rappelle que, dans ces lieux, la caserne Lobau, plusieurs centaines d’hommes furent fusillés après un jugement sommaire.

Il y a 140 ans, la Commune pratiquement abattue, à compter du 23 mai 1871, la machine à répression se met en marche.
Des « Cours prévôtales », sorte de tribunaux, sont installées à Paris dont une, non loin d’ici dans le théâtre du Châtelet.

Sans avocats, ni moyens de défense, les prisonniers sont interrogés et classés en 2 catégories : Ceux qui vont être emprisonné et ceux qui sont condamnés à mort.

William Serman, historien raconte : une fois condamnés à mort, les communards sont envoyés vers la caserne Lobau.
Là, « introduits en masse dans la cour », par groupe de 5 ou 6, on les attache en chapelet à une corde puis on les mitraille sous les « yeux terrifiés de ceux qui attendent leur tour. Combien sont exécutés ? On cite le chiffre de 3000 victimes.

Des charrettes viennent ensuite chercher Les corps sont évacués vers le square St. Jacques où ils sont évacués par charrettes pour être enterrés ou sont brûlés sur place.
On trouve de tels « abattoirs nationaux » dans le jardin du Luxembourg, la prison de la Roquette, le cimetière du Père Lachaise.

On fusille dans tout Paris, des hommes, mais aussi des femmes et des enfants comme au Luxembourg.

La répression de la Commune de Paris fut féroce, une des plus impitoyables que la France connut ces derniers siècles : 23 000 morts dont au moins 17 000 durant fusillés massacrés, mitraillés durant la « Semaine sanglante », 15000 personnes emprisonnées, déportés et exilés.

Ainsi que le rappelait Victor HUGO, cette phrase maintes fois citée : « Le cadavre est à terre mais l’idée est debout ». La Commune de Paris, les hommes et les femmes, qui ont défendu les armes à la main ce projet politique, et qui appartiennent à notre histoire.

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La Commune de Paris, c’est le Paris rebelle, le Paris frondeur, celui qui descend dans la rue pour défendre une certaine idée de la République.

Sur de nombreux points, la Commune de Paris pourrait servir de guide pour l’action.

Je voudrais citer entre autre : l’abolition du travail de nuit, le droit de réquisition sur les logements vacants, l’interdiction de l’expulsion des locataires, l’école laïque, gratuite et obligatoire, la création d’un enseignement professionnel (y compris pour les filles) la gratuité de la justice, la liberté de la défense, l’ouverture et la gratuité des musées, des théâtres des bibliothèques afin que la culture soit accessible à tous.

Si au vrai sens du terme, la démocratie est le gouvernement du peuple par le peuple, la Commune de Paris illustre, sur une courte période cette définition.

Dans son appel du 22 mars le comité central de la Garde nationale précisait sa conception de la démocratie : « les membres de l’assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables ». Sans aller jusqu’à la révocabilité en cours de mandat, il y a encore matière à réflexion pour les élus que nous sommes...

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Il a régné pendant quelques semaines à Paris un climat de liberté comme rarement la capitale n’en avait connu. Toutes les catégories de la population étaient concernées et d’abord les femmes. Jules VALLES écrivit : « J’ai vu 3 révolutions et pour la première fois j’au vu les femmes s’en mêler avec résolution, les femmes et les enfants. Il semble que cette révolution est précisément la leur et qu’en la défendant, ils défendent leur propre avenir. »

Les étrangers sont également associés à l’œuvre de la Commune de Paris et l’un d’entre eux est désigné comme ministre du travail, Léo Frankel, car la Commune « considère que la cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent ».
Là aussi, il y a matière à inspiration !
Bientôt une des rues du 13e arrondissement portera le nom de Léo Fränkel, juif hongrois né à Budapest en 1844 et mort à paris en 1896, puisque le Conseil de Paris en a décidé ainsi lors de sa dernière séance.

Nous devons retenir l’exemple de ces femmes et de ces hommes, victimes d’une répression sanglante, qui en quelques semaines, ont jeté les bases du mouvement social et de la République en France. Paris se doit de les honorer.

Je voudrais ajouter un sentiment personnel :

Dans ma délégation d’adjointe au Maire de Paris, chargée de la Mémoire, la Commune tient une place à part.

Je suis éblouie encore et toujours, par la force, l’intelligence politique et la créativité de la commune de Paris.

Et aussi, parce que je me passionne pour les racines des grands mouvements révolutionnaires, dans l’histoire de la France.

Tout cela vient de très loin, et a eu un grand retentissement dans l’histoire politique de notre pays.

Le journal Le Figaro, dans les années 1830, bien avant la publication du Manifeste de Marx et Engels, raconte un meeting républicain rue de Belleville, et le journaliste écrit qu’il a vu apparaître ce soir là, ce qu’il appelle un « Parti Communiste ».

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La Commune est de Paris, est devenue à tout jamais universelle.

Oui, les Communards ont inventé en deux mois toute la modernité : la politique sociale, la laïcité, la place des femmes, le rapport entre les ouvriers et les intellectuels, une vision qui préfigurait la protection sociale et le repos des ouvriers, tout cela sous les coups d’un siège féroce et dans le sang.

Une modernité, qui n’est toujours pas complètement réalisée, 140 ans plus tard. Et dont les grands acquis sont sans cesse remis en question par les héritiers des Versaillais, ces amoureux du pouvoir et de la finance, et toujours plein de mépris pour le Peuple.

Les historiens pensent que la République qui n’avait pas encore triomphée, a été définitivement été ancrée par la Commune, qui a mis fin à toute possibilité de restauration de la royauté, parachevant ainsi l’oeuvre de la Révolution Française.

En 1936, le plus grand défilé du Front Populaire, après la victoire électorale, fut celui de la montée au Mur des Fédérés.

Des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, (on parle de 600 000 manifestants) sont montés au Mur avec leurs casquettes, leurs chapeaux et leurs drapeaux, et sont passés devant la tribune où avaient pris place Blum, Thorez et Camélinat, dernier ministre vivant de La Commune de Paris.

Chers amis,

Avant de terminer mon propos, je voudrais évoquer Jean-Baptiste Clément, dont les vers sont si poignants :
« J’aimerai toujours le temps des cerises
C’est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte ! »

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Je voudrais que nous ayons une pensée pour Gabriel Ranvier, Délégué au Comité central de la Garde nationale, impliqué dans l’insurrection du 18 mars 1871 qui marque le début de la Commune, date à laquelle il prend ses fonctions d’éphémère et courageux maire de la Commune dans le 20ème arrondissement.

Gabriel Ranvier était peintre sur porcelaine, fils de cordonnier, il est mort à Belleville et son nom figure aujourd’hui dans les murs de la mairie du 20ème.

Je veux rappeler 3 noms de femmes, parmi les centaines qui s’engagèrent : Elisabeth Démetrieff, Nathalie Lemel et bien sûr la grande Louise Michel.

Et puis, pour finir je voudrai vous dire, que je pense aussi avec émotion, à ces mains furtives et courageuses qui ont fleuri clandestinement le Mur des Fédérés pendant l’occupation allemande parisienne, de 1940 à 1944.

La Commune de Paris c’est l’âme vivante du combat révolutionnaire et de la République.

Vive La commune !

Publié le

25 mai 2011

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