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Une stratégie alimentaire pour répondre aux inégalités sociales

Alimentation et environnement ont une dimension éminemment sociale : celle de l’accès à une nourriture de qualité, en particulier les plus modestes.

Retrouvez l’intervention de Nicolas Bonnet Oulaldj

Madame la Maire, mes chers collègues,

Le slogan du Front Populaire « Le pain, la paix et la liberté »est d’autant plus d’actualité ce matin et le pain reste la piorité.

C’est avec beaucoup d’enthousiasme que nous accueillons ce débat dans l’alimentation. Ce sujet, nous l’avons déjà abordé à de multiples reprises dans notre assemblée. Les communistes parisiens en avaient fait un axe fort de la campagne des municipales. Nous considérons qu’une politique d’alimentation nécessite une véritable délégation avec un budget dédié.

En juillet dernier, sur notre proposition, nous avons adopté une délibération sur la création de halles alimentaires dont une verra le jour dans le courant de l’année 2017 dans le 10e arrondissement.

Notre première préoccupation a trait aux producteurs qui sont confrontés à de grandes difficultés financières. Nous le savons, les professions agricoles sont en souffrance. Cette crise s’explique grandement par les difficultés économiques auxquelles les producteurs doivent faire face. Au fur et à mesure que la grande distribution et ses centrales d’achats se sont développées, les marges des producteurs se sont réduites de manière dramatique. Voilà pourquoi nous avons souhaité réfléchir au développement d’une offre alimentaire en milieu urbain en circuit court qui se donne comme objectif de rémunérer les producteurs agricoles de manière plus juste et équitable.

Tout le monde n’a pas accès à une alimentation saine et de qualité. Les prix de vente, souvent prohibitifs, ne permettent pas aux personnes aux revenus modestes d’acheter des produits sains et de qualité.

Une étude de l’Inserm a démontré par exemple que 30 % des ménages qui bénéficient des minima sociaux sont également en situation d’insécurité alimentaire, et que 14,4 % des habitants des quartiers en Z.U.S. sont touchés par l’insécurité alimentaire contre 5,3 % dans les autres quartiers.

Je rappelle qu’aujourd’hui, 30% des ménages qui bénéficient des minimas sociaux sont en situation d’insécurité alimentaire. D’autres ont les moyens de faire leurs courses mais s’alimentent mal parce que ce ne sont pas les produits les moins chers qui sont les plus équilibrés. Aujourd’hui, l’obésité frappe les classes populaires plus que toute autre catégorie de population.

Cette réalité est aussi celle que l’on vit dans les quartiers les plus populaires de Paris. Nous dénonçons très souvent le cout de la vie parisienne qui est bien trop élevé pour les revenus modestes.

Une étude de l’association de consommateur « UFC-Que Choisir » a notamment montré le panier alimentaire moyen dans les supermarchés parisiens coûtait bien plus cher qu’en province. Et je ne parle là que d’une moyenne, si l’on s’intéresse aux produits de qualité, la différence est encore plus élevé. Les inégalités sociales s’expriment pleinement au travers de l’alimentation et cela se retrouve sur quelques indicateurs de santé.

Tous les parisiens n’ont pas les moyens de manger à leur faim. J’en veux pour preuve l’affluence qui ne désemplit pas dans les restaurants solidaires de la Ville et auprès des associations de l’aide alimentaire.

Tous les parisiens n’ont pas les moyens de consommer des produits bios. Et pourtant la plupart d’entre eux ne seraient pas contre.

Tous les quartiers parisiens n’accueillent pas une offre commerciale diversifiée et abordable. Je pense notamment aux quartiers des maréchaux et des Portes de Paris qui font face à la désertification commerciale aussi bien qu’à la désertification médicale et aux attaques sur les services publics.

C’est avant tout pour répondre à ces inégalités sociales et territoriales que nous devons développer des politiques publiques de l’alimentation.

Nous pensons qu’aujourd’hui, nous devons franchir un cap supplémentaire pour répondre à l’enjeu de santé publique.

C’est le sens de la délibération sur les halles alimentaires que nous avons adopté en juillet dernier. C’est également l’esprit du vœu que nous avons déposé à ce conseil. Nous proposons d’encourager et de soutenir les initiatives d’acteurs de l’économie solidaire à créer des halles alimentaires dans les quartiers populaires. Nous devons faciliter la création de ces halles en mettant à disposition des locaux adaptés. Une structure de coopération inter-bailleurs pour les pieds d’immeubles va être mise en place en 2017, elle doit être mise à contribution pour aider à la création de halles alimentaires dans tous les quartiers populaires de Paris.

Nous pouvons déjà nous appuyer sur les deux premières halles qui vont ouvrir dans le 10e et le 14e, pour étendre le dispositif à d’autres arrondissements.

Pour compléter cette initiative, nous proposons dans un deuxième vœu que la Ville de Paris reprenne à son compte l’esprit du dispositif ALISOL qui était jusqu’à présent porté par la Région Île de France. Ce dispositif visait à soutenir les projets associatifs qui s’engageaient à fournir à des personnes en situation de précarité des fruits et légumes frais produit localement. Ce projet qui répondait parfaitement à l’enjeu de réduction des inégalités sociales de santé a été injustement abandonnée par Valérie Pécresse et son équipe.

Vous l’avez compris, les halles alimentaires illustrent bien notre priorité en matière de politique alimentaire saine et accessible à tous qui doit contribuer à la réduction des inégalités et à la solidarité entre Paris et la campagne.

Je vous remercie.

Publié le

31 janvier 2017

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