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Vers des cirques sans animaux sauvages

Sans remettre en cause la tradition des cirques, Nicolas Bonnet approuve le partenariat de la ville avec les cirques parisiens. II insiste sur le fait qu’il faille créer les conditions de son évolution pour concilier tradition et exigence de respect des animaux sauvages.

Retrouvez son intervention

Madame la Maire, mes chers collègues.

Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours des cerceaux dorés
L’ours et le singe animaux sages
Quêtent des sous sur leur passage

Les saltimbanques de Guillaume Apollinaire avaient en leur temps des animaux sauvages, ours et singe, qui attiraient un public curieux de voir ces bêtes venant de lointaines contrées.

Mais aujourd’hui les temps ont changé, le regard des hommes sur les animaux et sur la nature aussi. Les lions, éléphants, phoques et autres panthères dressés dans les cirques mettent mal à l’aise un nombre toujours plus grand de spectateurs et spectatrices. De fait, la présence d’animaux sauvages vivant en captivité dans les cirques nous interroge.

Ce sujet a animé à plusieurs reprises les débats de notre conseil, notamment suite à la mort d’une panthère à Paris en 2017, abattue par son dresseur après s’être échappée de son cirque.

Plusieurs éléments ont contribué à envisager la remise en cause de la présence des animaux domestiques dans les cirques. Je n’en citerai qu’un seul, celui de la fédération des vétérinaires d’Europe en juin 2018 : elle a « recommandé à toutes les autorités compétentes […] d’interdire l’utilisation des mammifères sauvages dans les cirques itinérants […], compte tenu de l’impossibilité absolue de répondre de façon adéquate à leurs besoins physiologiques, mentaux et sociaux. »

Le sujet du bien-être animal nous conduit à envisager des cirques sans animaux sauvages, ce qui bouleverse la longue histoire des cirques traditionnels. Ce virage et cette évolution ne peuvent pas se faire de manière brutale, sans associer le monde des circassiens. Les numéros de cirque avec des animaux sauvage relèvent d’une longue tradition. L’économie et la culture de ces cirques est bien souvent conditionnée par cette activité particulière.

Alors sans remettre en cause cette tradition des cirques, il faut créer les conditions de son évolution pour concilier tradition et exigence de respect des animaux sauvages.

Aussi, je tiens à saluer le travail de Pénélope Komitès et le dialogue constructif engagé pour mettre tous les acteurs impliqués autour de la table. Nous aboutissons aujourd’hui à une prise de position importante de la Ville de Paris.

Nous voterons le vœu de l’exécutif qui correspond à notre volonté d’aller vers des cirques sans animaux sauvages. Cette proposition est équilibrée car elle mentionne également l’apport d’un soutien aux cirques s’engageant ne plus présenter d’animaux sauvages dans leurs spectacles à court ou moyen terme. Cela se traduit par des faits concrets : à partir de 2020, la Ville de Paris n’accordera plus de nouvelles autorisations d’occupation temporaire du domaine public pour les cirques avec animaux sauvages.

Cette prise de position forte doit faire avancer le débat au niveau national. D’autres grandes villes, comme par exemple Lille, ou récemment la ville de Montpellier ont pris parti pour refuser la présence d’animaux sauvages dans les cirques. Mais dans beaucoup de villes de France, les cirques avec animaux sauvages peuvent continuer de se produire.

On relève ainsi une inégalité sur le territoire national qui doit être corrigée. Même si des travaux sont en cours, aucune proposition n’a été proposée à ce jour par le Gouvernement. Aussi, je me félicite que le vœu de l’exécutif que nous nous apprêtons à voter interpelle le Gouvernement pour qu’il prenne ses responsabilités. Une réglementation nationale doit être adoptée, pour uniformiser les dispositions prises sur le territoire national, mais aussi pour donner les moyens aux circassiens d’envisager la transition vers des spectacles sans animaux sauvages.

Publié le

15 novembre 2019

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