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intervention de Danièle Premel sur la Mise en œuvre du budget participatif parisien pour 2015

Conseil de Paris,
26,27,28 mai 2015

Madame la Maire, mes chers collègues,

Vous nous demandez d’approuver cette délibération qui acte la mise en œuvre des projets qui ont été sélectionnés par les parisiens à l’automne dernier lors du premier vote du budget participatif à l’échelle parisienne.

Les élu-es communistes-Front de gauche soutiendrons cette délibération. Nous accordons une grande importance à la démocratie participative. Nous faisons d’ailleurs de son développement l’une des conditions de notre participation à la majorité municipale actuelle car nous avons la conviction que c’est ainsi que nos concitoyens peuvent prendre ou reprendre confiance dans la politique.

Nous mettons aujourd’hui en œuvre la « première fournée » des projets du budget participatif parisien. Il est important de préciser que ces projets sont des projets « clé en main » qui, en raison des délais, ont été conçu par les services de la Ville. Il n’est pas encore temps de juger de la réussite ou de l’échec du budget participatif tel qu’il a été pensé dans sa globalité.

Bien que le sujet me passionne, je me garderai donc de commenter la démarche dans son ensemble et notamment la phase d’idéation qui s’est déroulé ces derniers mois et durant laquelle les habitants ont pu proposer leur propre projet.

Mais déjà, cette délibération amène plusieurs remarques dont nous devons tirer des enseignements pour l’avenir.

Je ne commenterai pas les projets en tant que tel. Les 40 000 votants de l’automne dernier ont fait des choix qu’il est primordial de respecter et d’appliquer sans chercher à en réorienter certains après coup. Je me limiterai donc à commenter deux points qui me paraissent toutefois essentiels.

D’abord ce chiffre de 40 000 votants. A l’échelle parisienne, cela ne représente que 1.8% de la population. C’est bien trop peu, bien que cela soit conforme à l’objectif fixé par l’exécutif pour ce premier scrutin. Je crois que nous devons être plus ambitieux pour les années à venir. Mais au-delà de l’approche quantitative, nous devons aussi chercher à toucher les populations qui sont le plus éloignées des pratiques de la démocratie participative. Pour cela, nous devons mener une réflexion de fond, faire évoluer nos pratiques politiques et celles, plus techniques, des services de la ville.

Nous devrons veiller à ne pas tomber dans l’écueil qui consisterait à ne proposer qu’un site internet et un plan de communication décliné sur différents supports. La démarche du budget participatif doit s’accompagner d’actions concrètes d’informations et de médiation, au plus près des territoires, pour permettre à tout un chacun de se saisir de cet outil formidable.

Le deuxième point que je souhaite aborder est lié au recours exclusif aux marchés publics pour la mise en œuvre opérationnelle. D’une part, les parisiens ne se sont pas prononcés sur ce point. Il ne me semble pas que les descriptions des projets indiquaient qu’ils seraient tous mis en œuvre par des opérateurs privés. Nous pouvons même dire qu’un certain flou a été entretenu sur le sujet. Les élu-es communistes-Front de Gauche souhaitent que, lorsque la Ville dispose des compétences en interne, les travaux et prestations soient confiés à nos services. Je pense par exemple au projet de murs végétalisés. Je veux bien entendre que nous n’avons pas les compétences pour réaliser les travaux de création, encore que cela reste à prouver.

Mais en revanche, l’entretien de ces espaces peut facilement être confié aux services de la DEVE. Pourtant l’option choisie par cette délibération ne le permettra pas.

J’ajouterai pour finir que l’outil « marché public » ne nous parait pas répondre à l’ensemble des enjeux posés par la démocratie participative. Je m’explique : la mise en œuvre des projets peut être, en elle-même, porteuse de sens. Lorsque nous parlons du projet de reconquête de l’espace public par exemple, de nombreux projets similaires sont menés depuis des années dans les quartiers politiques de la ville.

Sauf qu’en plus d’améliorer la qualité de l’espace public, ces projets sont porteurs d’une démarche de développement local. Des formules originales peuvent émerger, en créant par exemple un chantier d’insertion ou un chantier école en partenariat avec des structures d’insertion par l’activité économique et les acteurs de l’emploi comme les missions locales, les antennes jeunes ou le PLIE. Il me semble que ce type de projet poursuit des objectifs communs avec le budget participatif parisien et qu’il est dommage de ne pas créer de passerelles entre nos différentes actions en la matière.

Le recours aux marchés publics empêche l’émergence de ces innovations sociales qui émanent des acteurs du développement local. Seules les entreprises auront la capacité de répondre à ces marchés publics. Par conséquent, les projets seront mis en œuvre sans cultiver le lien avec le territoire alors même que les projets du budget participatif s’y prêtent plutôt bien. C’est à nos yeux un écueil que nous devons également chercher à dépasser pour les prochaines éditions.

Je vous remercie.

Publié le

27 mai 2015

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